Sausage party

navet de Conrad Vernon et Greg Tiernan, 2016

Lorsque j’ai vu la bande-annonce, j’ai eu la profonde impression que c’était nul. Or, les trucs qui ont l’air nuls dès la bande-annonce, en général, j’évite.

Et puis, voilà que La manif pour tous, Jean-Frédéric Poisson et d’autres du même acabit demandent à ce que le visa d’exploitation soit suspendu, qualifiant le film de « pornographique » et demandant au minimum son interdiction au moins de seize ans (il est d’ores et déjà interdit aux moins de douze ans).

Partant du principe qu’un film qui énerve autant d’imbéciles ne doit pas être si mauvais, j’y suis donc allé.

Conclusion : Sony Pictures peut remercier La manif pour tous. Moi pas.

Les héros sont une saucisse et un pain de hot-dog, le film est interdit aux moins de douze ans, faudrait vraiment avoir l'esprit tordu pour imaginer que la saucisse… Le pain… Non ? - image Sony Pictures
Les héros sont une saucisse et un pain de hot-dog, le film est interdit aux moins de douze ans, faudrait vraiment avoir l’esprit tordu pour imaginer que la saucisse… Le pain… Non ? – image Sony Pictures

Le film est un enchaînement sans fin de sketches gras. Subversif ? Mon cul. Les dix premières minutes de Rebelle, où Merida explique à ses parents qu’elle n’a rien à foutre de leur société, de leurs traditions et de leurs principes et qu’elle veut mener sa propre vie, sont infiniment plus subversives que l’intégralité de cette « fête de la saucisse ». Le seul truc vaguement subversif qu’on peut trouver ici, c’est qu’il faut buter les humains, mais c’est même pas présenté comme un vrai but — c’est juste que, comme dans Predators, on prend le point de vue des aliments.

Pornographique ? Non, non plus. Les références sexuelles sont omniprésentes, c’est un fait, et le finale fait dans la partouze, c’est un fait aussi, mais ça a tout juste l’esprit de votre oncle gênant, vous savez, celui qui raconte des histoires de cul après le dîner de Noël en famille : ça n’a rien d’excitant, c’est juste gras, facile et lourd. Obscène, si vous voulez, mais pornographique, non.

Cela mérite-t-il une interdiction au moins de seize ans ? Non. Pas d’exhibition d’organes sexuels, pas de présentation particulièrement trash de corps en rut, pas de violence extrême. Moins de douze ans ? C’est ce qu’on fait d’habitude pour les films qui contiennent des allusions sexuelles directes, de la violence ou des scènes un peu chaudes sans être porno, donc c’est la décision logique. Ça tombe bien : c’est le choix du CNC.

Le seul passage bien fait : le drogué qui se shoote et découvre que sa bouffe lui parle. - image Sony Pictures
Le seul passage bien fait : le drogué qui se shoote et découvre que sa bouffe lui parle. – image Sony Pictures

En fait, il y a deux choses que je ne comprends pas.

Je ne comprends pas la polémique autour de ce film, qui est clairement annoncé « interdit aux moins de douze ans ». Si on n’est pas complètement débile, on sait ce qu’on trouve au cinéma dans des films interdits aux moins de douze ans : c’était le cas de Shame, de Color of night ou de Cinquante nuances de Grey, pour ne prendre que des œuvres où la sexualité est au moins aussi présente.

Et surtout, je ne comprends pas qu’on s’y intéresse. Le film est resté bloqué au stade phallique et ne mérite pas plus de considération que votre neveu de quatre ans lorsqu’il se masturbe dans le bain. Vouloir à tout prix taper dessus comme le fond les autres clowns, c’est lui donner une importance qu’il n’a pas et lui faire une publicité qu’il ne mérite pas.

Voir aussi :