Maniac

de Patrick Sommerville et Cary Joji Fukunaga, 2018, ****

C’est l’histoire d’un schi­zo para­noïaque convain­cu d’avoir une mis­sion secrète, sur laquelle il est gui­dé par une copie ima­gi­naire de son frère. Ayant besoin d’argent, il rejoint une cohorte pour l’essai cli­nique d’un médi­ca­ment cen­sé gué­rir tous les désordres psy­cho­lo­giques. Là, il croise une jun­kie aso­ciale qui s’est infil­trée dans l’essai pour avoir accès aux drogues. Étrangement connec­tés, ils vont par­ta­ger des expé­riences qui devraient être per­son­nelles et remettre en ques­tion le trai­te­ment, au plus grand dam du tou­bib lui-même vague­ment déran­gé.

Allons bon, je rêve d’être Arsène Lupin ou quoi ? — pho­to Michele K. Short pour Netflix

Comme The lef­to­vers (sur laquelle Sommerville avait tra­vaillé), l’histoire est dif­fi­cile à racon­ter : c’est en fait une sorte de trip hal­lu­ci­na­toire, dans un uni­vers vicieu­se­ment for­mi­ca­punk contrô­lé par une intel­li­gence arti­fi­cielle suf­fi­sam­ment avan­cée pour être elle-même psy­cho­tique (et qui rap­pelle par moments ce bon vieux HAL 9000). Outre le fil rouge, on passe de rêve en rêve en sui­vant la quête d’un lému­rien volé dans les années 80, celle d’un cha­pitre per­du de Don Quichotte dans les années 30, celle d’un lac magique dans un monde d’heroic fan­ta­sy…

Intelligence arti­fi­cielle et tech­no­lo­gie des années 70, un mélange inté­res­sant. — pho­to Michele K. Short pour Netflix

C’est com­plè­te­ment bar­ré, rigou­reu­se­ment réa­li­sé tout en par­tant dans tous les sens, au fil d’un scé­na­rio qui lorgne beau­coup sur le polar mais passe par tous les cha­pitres d’Introduction à la psy­cha­na­lyse.

De la fan­ta­sy pur jus pour nar­rer des fan­tasmes. Logique. — pho­to Michele K. Short pour Netflix

Le truc che­lou, c’est que si j’ai beau­coup aimé le regar­der, je n’en ai quelques semaines plus tard qu’un sou­ve­nir confus, comme celui d’un rêve flou et vague­ment absurde. C’est peut-être là sa plus grande réus­site : Maniac ne pré­sente pas seule­ment un rêve par­ta­gé entre ses per­son­nages (à la Inception en quelque sorte), c’est un rêve par­ta­gé, les auteurs nous invi­tant dans le leur sans vrai­ment nous l’expliquer. Ça en fait une expé­rience ori­gi­nale, inra­con­table mais qui mérite d’être vécue.