Mary

de Marc Webb, 2017, ****

Pour son pre­mier long métrage, Marc Webb avait fait très fort : le remar­quable (500) jours ensemble, comé­die roman­tique qui était éga­le­ment l’exact contraire d’une comé­die roman­tique. La suite de sa fil­mo­gra­phie avait été, disons… Convenue, ouais, disons « conve­nue », parce que sinon on risque encore de faire pleu­rer des pro­duc­teurs. J’étais donc assez curieux de le voir arrê­ter les conne­ries et reve­nir à la comé­die de mœurs, avec l’histoire d’une gamine sur­douée qui vit chez son oncle et de la lutte entre celui-ci et sa grand-mère pour obte­nir sa garde.

Bonne nou­velle : encore un ou deux films comme ça et le casier judi­ciaire de Marc Webb pour­ra être défi­ni­ti­ve­ment net­toyé de ses deux erreurs arach­nides.

Les ins­ti­tu­trices : à consom­mer avec modé­ra­tion. — pho­to Twentieth Century Fox

Oh, Mary n’est pas for­cé­ment un très grand film, hein. Il n’échappe pas à quelques faci­li­tés et à des effets de manche un peu légers. Tom Flynn, dont c’est le pre­mier scé­na­rio, est glo­ba­le­ment res­té assez sage et si le dénoue­ment a le mérite d’être inat­ten­du, il résiste mal à un pro­cès en cohé­rence.

Mais c’est une bonne comé­die dra­ma­tique, équi­li­brée, avec des scènes amu­santes réus­sies, des scènes tra­giques sobres, et quelques répliques douces-amères extrê­me­ment bien ser­vies — men­tion spé­ciale au « per­sonne n’aime les je-sais-tout », un point mar­quant dans l’évolution du per­son­nage cen­tral. L’ensemble repose sur une réa­li­sa­tion effi­cace, une pho­to élé­gante, une pro­gres­sion régu­lière entre drame et comé­die, et un cas­ting bien diri­gé, à com­men­cer par la révé­la­tion du film : Chris Evans est acteur, en fait ! Dommage que Marvel ne s’en soit jamais ren­du compte…

Puis-je cor­ri­ger un pro­fes­seur de fac ? — pho­to Twentieth Century Fox

Mais la grande qua­li­té du film est peut-être la façon dont il parle de pré­co­ci­té. Les enfants sur­doués doivent-ils « réa­li­ser plei­ne­ment leur poten­tiel » ou « vivre leur vie d’enfants » ? Est-ce un drame de, peut-être, pas­ser à côté d’une médaille Fields parce que les tuteurs auront pri­vi­lé­gié la socia­bi­li­sa­tion de leur minot ? Est-ce un drame de, peut-être, nuire à l’équilibre intel­lec­tuel de quelqu’un en le pous­sant dans une seule direc­tion ? Le pro­blème est-il qu’un sur­doué ait du mal à attendre les ordi­naires qui ne com­prennent rien, ou bien que les gosses ordi­naires rejettent ceux qui apprennent plus rapi­de­ment, ou encore que la socié­té soit pré­vue pour la masse et s’accommode mal des têtes qui dépassent ? Est-il grave de gagner sa vie en répa­rant des bateaux quand on pour­rait être un grand pro­fes­seur ?

Puis-je envoyer bou­ler les écoles pres­ti­gieuses pour faire un métier manuel avec les gens nor­maux ? — pho­to Twentieth Century Fox

Non seule­ment le film pré­sente fina­le­ment les points de vue de l’oncle et de la grand-mère de manière assez équi­table (bien que celle-ci soit évi­dem­ment la méchante), mais l’héroïne elle-même oscille entre les deux points de vue, rêvant tour à tour de voir son nom par­mi les plus pres­ti­gieux des mathé­ma­tiques et de pas­ser un moment en mer avec son chat. La conclu­sion n’est d’ailleurs pas tran­chée, le film se ter­mi­nant sur un entre-deux et la mégère étant la seule variable réel­le­ment éli­mi­née de l’équation.

Sans être un très grand film, Mary est donc une œuvre hon­nête et agréable, qui parle de son sujet avec une cer­taine sin­cé­ri­té et trouve un équi­libre plu­tôt réus­si.

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