Assassin’s creed

recueil de clips de Justin Kurzel, 2016

Eh ben putain quelle merde.

C’est tout ce que j’avais à dire à la sortie de cette bouse.

Et puis, rentré chez moi, avec un peu de recul, je me suis dit que j’allais devoir étoffer. Et en préparant cette critique, je me suis rappelé que j’avais déjà vu ce nom quelque part : Justin Kurzel. Il avait fait quelque chose, mais quoi ?

Et puis j’ai trouvé.

Ce boulet, avec l’aide de son collègue Michael Leslie au scénario, avait vomi une version ahurissamment prétentieuse de Macbeth, occasionnellement noyée par les bruits de Jed Kurzel.

Pour une raison qui m’échappe totalement, Ubisoft (et les autres sociétés impliquées dans la production) a décidé de confier à ces tâcherons l’adaptation cinématographique de sa série-phare de jeux vidéos d’action historique, Assassin’s creed. J’imagine qu’ils ont trouvé dans une image fixe de Macbeth l’ambiance dont ils rêvaient pour l’Inquisition espagnole, et qu’aucun d’entre eux n’a eu l’idée de vérifier si le magnétoscope était bien sur « pause » (il ne l’était pas, c’est le film qui est fait comme ça).

Courir, sauter, grimper, taper, plonger. Et recommencer. - photo Twentieth Century Fox
Courir, sauter, grimper, taper, plonger. Et recommencer. – photo Twentieth Century Fox

Ici, Kurzel a voulu montrer qu’il pouvait aussi faire un film d’action. Le résultat est une suite de clips, où les images sont écrasées par la bande-son malgré tous les efforts du réalisateur pour agiter sa caméra et tenter d’exister. Le résultat ressemble donc vaguement à l’expérience d’une crise d’épilepsie sous psilocybes dans un concert de heavy metal : ça remue, ça secoue, c’est totalement illisible et ça défonce les oreilles (pas autant qu’un Zach Snyder toutefois).

L’espèce de scénario qui essaie de relier les clips est bien entendu écrit avec les pieds, ne se préoccupant d’aucune forme de vraisemblance et enfilant les clichés avec l’acharnement et la rapidité d’un lapin lâché dans un bordel. Un détail révélateur ? Ben quand Charlot décide de faire le « saut de la foi », le bras articulé qui le maintient plonge avec lui et s’écrase au sol comme une merde. D’une : les gens qui ont programmé la machine sont donc aussi doués que le scénariste, puisqu’ils n’ont pas pris en compte les limites de débattement du bras. De deux : du coup, on se demande comment Charlot a pu auparavant courir des kilomètres dans la ville sans tout péter. De trois : le bras le maintient, donc même si Charlot réussit son saut de l’ange, quand le bras s’écrase comme une merde, il devrait être broyé avec. Me dites pas que le bras est construit dans un matériau sans inertie, parce qu’alors il n’a aucune raison de casser. Bref, on a eu un saut de la foi foireux en début d’année, et Justin et Michael ont relevé le défi de faire pire.

Cette image résume assez bien la valeur historique du film. - photo Twentieth Century Fox
Cette image résume assez bien la valeur historique du film. – photo Twentieth Century Fox

Mais c’est pas le plus gênant. Non, le vrai problème, c’est que l’adage des auteurs semble être : « quand on a un bout de scénario qui fonctionne pas, qu’on se perd nous-mêmes dans notre symbolique à la noix, que notre dialogue dépasse les limites autorisées de la pédanterie, la meilleure solution, c’est de faire en sorte que ça se voie : mettons un gros coup de basses et finissons sur un plan fixe de trois secondes pour souligner l’effet ». Tu as déjà vu un enfant de deux ans qui te tend joyeusement son pot pour te montrer qu’il a bien fait dedans ? Ben quand c’est un scénariste adulte qui chie une séquence et te la souligne fièrement pour être sûr que tu la rates pas, je t’assure que c’est beaucoup moins mignon.

Reste un aspect culturel potentiel : la série Assassin’s creed a toujours été appréciée pour ses reconstitutions historiques. Je ne sais pas si c’est justifié, je n’y ai jamais joué, mais je sais une chose : ici, c’est raté. Tout ce qui concerne l’Inquisition est survolé en vingt secondes pour revenir à un schéma beaucoup plus simple, des gentils, des méchants, pim-pam-poum, voilà. Vous en saurez plus sur les complots de l’Église catholique en dix minutes de Da Vinci code (je parle du film, hein, parce que dans le bouquin il vous suffira d’une demi-page prise au hasard), et vous en apprendrez plus sur l’Espagne médiévale dans le premier épisode des Mystérieuses cités d’or. Donc, l’alibi historico-culturel, on va oublier aussi.

C'est tellement mauvais que personne va parler de moi… Je suis verte. - photo Twentieth Century Fox
C’est tellement mauvais que personne va parler de moi… Je suis verte. – photo Twentieth Century Fox

Il y a tout de même un bon point : au moins, cette fois, on ne peut pas dire que le jeu d’huître cuite de Marion Cotillard ruine le film. D’abord, elle ne joue pas plus mal que le reste du casting (la direction d’acteurs, c’est un métier), ensuite, il n’y a de toute façon rien à ruiner.

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