Laggies

de Lynn Shelton, 2014, ****

Il y a des fois où un film a l’air plutôt nul, mais où vous allez le voir un peu par hasard, parce qu’il démarre pile à la bonne heure pour digérer tranquillement, parce qu’au pire, vous êtes prêt à regarder Keira Knightley et Chloë Moretz pendant deux heures un peu niaises, et parce que le nom de la réalisatrice vous dit vaguement quelque chose.

Et il y a des fois où, deux heures plus tard, vous avez envie d’embrasser tout le casting et de mettre une grosse beigne à la distribution française.

laggies_affiches

Pour bien comprendre, prenons le temps de comparer l’affiche française et l’affiche américaine. Ici : trois filles dans des poses modasses, un titre qui annonce un buddy-movie féminin, un message qui laisse penser qu’on va parler d’amitié entre adolescentes et adulte, une dominante rosâtre vaguement gerbante. Là-bas : deux actrices et un acteur coupés à la moitié du visage (tiens, pourquoi ?), un titre qui évoque des gens un peu paumés (littéralement, ça pourrait être « retardataires » ou « glandeurs »), un message qui parle de grandir, un fond neutre.

Il se trouve que Laggies n’est pas un buddy-movie féminin. Ou alors, (500) jours ensemble est une comédie romantique. Certes, le point de départ (une trentenaire en pleine désertion pré-nuptiale tombe sur un lot d’ados qui veulent acheter de la bière et passe la nuit avec eux) peut le laisser penser mais, rapidement, deux phénomènes entrent en jeu : d’abord, la relation entre Meg et Craig est aussi importante que celle entre Meg et Annika ; ensuite et surtout, la scénariste (Andrea Seigel, qui livre un excellent premier jet) fait un vrai effort pour creuser d’autres personnages et aborder d’autres sujets. Les relations humaines sont au cœur du film, mais explorées sous l’angle de l’engagement et de la fidélité, du couple, de la séparation, de la rencontre, de l’amitié, de la complexité de leur construction et de la facilité de leur destruction. On parle aussi beaucoup de responsabilité (ou de son absence), de confiance et de mensonge, et l’opposition entre intentions naïves et résultats dans le monde réel est récurrente.

En somme, contrairement à ce que l’affiche française laisse penser, avec ma trentaine bien entamée, mes rêves, mes doutes et mes hésitations, je suis la cible idéale de ce film. Du coup, j’ai ri, j’ai souri, j’ai (un peu) réfléchi, j’ai été touché (ah, la rencontre avec la mère d’Annika !), j’ai soupiré, j’ai été attendri, et au bout du compte j’ai passé 1h45 très agréable.

Et que la distribution française soit passée à deux doigts de me faire rater ce moment, c’est vraiment triste.