Pan Am

de Jack Orman, 2011, **

En 1963, le voyage long-cour­rier était en plein essor : Pan American World Airways, pre­mier client du Boeing 707, des­ser­vait quo­ti­dien­ne­ment des des­ti­na­tions aus­si exo­tiques que Paris, Rome ou Rio de Janeiro, direc­te­ment depuis le Worldport — son ter­mi­nal à l’aéroport d’Idlewild, en ban­lieue est de New York. Mais si les voyages trans­at­lan­tiques sans escales n’étaient désor­mais plus excep­tion­nels, ils res­taient un pro­duit de luxe assor­tis d’un cer­tain pres­tige.

Voilà donc le cadre de Pan Am, série télé éphé­mère qui fut arrê­tée après une seule sai­son. Les per­son­nages : cinq hôtesses, deux pilotes, des pas­sa­gers, un avion. Les intrigues : des affaires de cœur, des ambi­tions per­son­nelles, de la poli­tique, de l’espionnage, un poil de recons­ti­tu­tion his­to­rique. Ça touche à tout ? Oui, c’est peut-être un peu le pro­blème : Pan Am est à la fois une série pour midi­nettes en quête d’amûuuuur, pour femmes liber­taires et indé­pen­dantes, pour fans d’action héroïque ou de blagues potaches, pour ama­teurs d’histoire ou pour esprits moderne. L’ensemble rap­pelle un peu les sai­sons 10–12 d’Urgences, vous savez, ce long pas­sage à vide où les scé­na­ristes ont oublié leur sujet et ont enchaî­né les épi­sodes avec des thé­ma­tiques soit déjà uti­li­sées, soit hors-sujet, en liant le tout avec une bonne dose de « qui couche avec qui ».

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Les rues de Berlin le 26 juin 63. Globalement, la recons­ti­tu­tion des tenues et des évé­ne­ments his­to­riques est cor­recte.

La pro­duc­tion a fait cer­tains efforts louables. Par exemple, un cas­ting rela­ti­ve­ment inter­na­tio­nal per­met à bon nombre de scènes d’être tour­nées dans la langue du pays, les cos­tumes sont très fidèles à ce qu’on peut voir sur les pho­tos d’époque, le contrôle strict auquel les hôtesses étaient sou­mises (céli­bat, habille­ment, tenue, âge…) est bien ren­du. L’émotion sou­le­vée par le dis­cours de Kennedy à Berlin puis par son assas­si­nat sont éga­le­ment au ren­dez-vous, et un épi­sode vient oppor­tu­né­ment rap­pe­ler que la ségré­ga­tion raciale exis­tait encore aux États-Unis eux-mêmes. Mais à côté de cela, Pan Am fait des impasses assez gênantes en lais­sant les hôtesses bati­fo­ler un peu trop libre­ment (si l’une d’elles rap­pelle une fois qu’à l’époque, les femmes atten­daient impa­tiem­ment la pilule, les auteurs semblent l’avoir oublié dans les treize autres épi­sodes), en mélan­geant allè­gre­ment CIA et MI6 ou encore en accu­mu­lant les cli­chés sur l’Union sovié­tique.

Pour les ama­teurs d’aviation, le bilan est tout aus­si miti­gé : d’un côté, la recons­ti­tu­tion de l’ambiance des vols, du pres­tige dont jouis­saient les équi­pages, et aus­si des petites luttes entre les pilotes démo­bi­li­sés après la Seconde guerre (héros de la nation et stars de la com­pa­gnie) et la pre­mière géné­ra­tion de pilotes pure­ment civils, for­més à la fin des années 50 et connais­sant beau­coup mieux les jets trans­at­lan­tiques que leurs aînés. De l’autre, cer­taines scènes abso­lu­ment risibles, des avions en images de syn­thèse qui se pro­mènent sur des tra­jec­toires aléa­toires, et un sur­vol plus qu’approximatif des pro­cé­dures et du voca­bu­laire aéro­nau­tique (sérieux, poser un 707 bour­ré de pas­sa­gers sur une piste fer­mée d’un pays hos­tile sous pré­texte d’aller cher­cher un hypo­thé­tique tou­bib ?!).

Dans l’ensemble, la série n’est pas désa­gréable et offre même de bons moments, mais il y a trop de cari­ca­tures, de res­sorts pré­vi­sibles et d’artifices nar­ra­tifs pour réel­le­ment empor­ter l’adhésion.

Notons que même les pro­duc­teurs n’ont pas fait preuve d’un soin exces­sif : ABC, la chaîne d’origine, a car­ré­ment oublié le sep­tième épi­sode en route, et il n’a fina­le­ment été dif­fu­sé qu’après le trei­zième !