Lou ! Journal infime

de Julien Neel, 2012, ***

Peut-on adap­ter son propre délire ? Apparemment oui : c’est ce qu’a fait Julien Neel, auteur-des­si­na­teur deve­nu scé­na­riste-réa­li­sa­teur. Ça ne l’a pas empê­ché de remettre à jour son concept, pas seule­ment parce que le film mélange gros­so modo les deux pre­miers albums — avec en plus quelques emprunts aux sui­vants, notam­ment au qua­trième. S’il reprend nombre de gags et de situa­tions de ses bandes des­si­nées, il réin­vente et resi­tue tout de même, en mutua­li­sant par exemple la ren­contre entre Richard et Maman et celle entre Tristan et Lou.

On peut regret­ter le gra­phisme de l’ensemble, un peu para­doxal, res­tant très naïf et colo­ré façon BD alors que c’est désor­mais un film : le résul­tat est à mi-che­min entre film et des­sin ani­mé, comme on en avait pas vu depuis Yellow sub­ma­rine et cer­taines scènes de Qui veut la peau de Roger Rabbit ?. On peut regret­ter la direc­tion d’acteurs un peu aléa­toire, qui nous per­met de consta­ter que Khojandi est capable de se diri­ger lui-même mais que Nathalie Baye a besoin d’être gui­dée. On peut enfin regret­ter que cer­tains cli­chés ambu­lants (aaaaah, Marie-Émilie, tu la veux ta baffe ?) ne soient pas désa­mor­cés et creu­sés comme dans la BD.

Personnellement, je regrette sur­tout une chose : la concen­tra­tion sur l’aspect fun, déca­lé et gen­ti­ment déli­rant. Les bandes des­si­nées sont assez variées, et Le cime­tière des auto­bus est fran­che­ment dépri­mant, mais cet excellent troi­sième tome n’existe tout sim­ple­ment pas dans l’univers fil­mé, où les coups de blues ne durent que le temps de pas­ser à la cocas­se­rie sui­vante. Oui, je sais, là, j’ai un côté fan­boy frus­tré que j’avais réus­si à évi­ter quand il s’agissait de cri­ti­quer les Harry Potter, mais j’assume : j’aimais la dua­li­té de Lou, gamine qui évo­lue, qui gran­dit, qui se pose des ques­tions et qui déprime à l’occasion, j’aime moins ce film pour enfants.

Dans l’ensemble, ce Lou ! est colo­ré, aci­du­lé, mignon, naïf, gen­til, mar­rant, tout ça. C’est un bon­bon citron­né qui se mange sans faim, et ça mérite cer­tai­ne­ment pas qu’on tape des­sus. C’est juste qu’une par­tie de la sub­ti­li­té et du charme du maté­riau d’origine ont été per­dus au pas­sage.