True detective

de Nic Pizzolato et Cary Fukunaga¹, 2014, ****

Tiens, je m’aperçois que j’ai oublié de vous parler de True detective. Ça fait pourtant pas loin de six mois que j’ai fini la saison 1… Rattrapons donc ce petit retard.

À la base, c’est une histoire classique : une enquête sur un meurtre, un suspect arrêté, mais plusieurs années plus tard un deuxième homicide ressemblant beaucoup au premier amène d’autres flics à se pencher sur le boulot des premiers, et les premiers à remettre le nez dans leurs souvenirs.

L’originalité de True detective, c’est sa narration. Ce sont trois fils conducteurs qui sont déroulés en parallèle. 1995, la première enquête : Cohle, flic fraîchement débarqué dans une nouvelle brigade, brillant et intègre mais arrogant et cassant, doit bosser avec Hart, habitué des lieux et apprécié de ses collègues. 2002, la seconde : un suspect d’une autre affaire livre à Cohle une information qui remet en cause l’enquête de 1995. 2012, la troisième : deux flics ont trouvé un nouveau meurtre ressemblant énormément à celui de 1995, et interrogent Cohle et Hart sur leur enquête de l’époque. Les trois narrations sont imbriquées pour former un tout étonnant, passant d’une ère à l’autre et d’une histoire à l’autre pour se construire petit à petit.

L’ambiance est lourde, pesante, à la fois parce qu’on enquête sur des petits groupes en Louisiane, l’État où personne ne parle et quand ils parlent ça prend des plombes, et parce que les deux flics qui viennent de se rencontrer ne s’apprécient pas vraiment — Hart pense à raison que Cohle est un connard arrogant qui devrait apprendre un peu de modestie, Cohle pense non sans arguments que Hart est un flic ordinaire beaucoup moins intelligent que lui. Ils gèrent leurs problèmes, ou pas, empêtrés dans des histoires de filles sans lendemain ou dans un mariage trop long, dans des petites envies narcotiques ou dans une misanthropie galopante, et essaient tant bien que mal d’apprendre à se connaître pour tout de même arriver à résoudre l’affaire sordide qu’ils ont sur les bras.

Le rythme lent souligne le sordide, la tristesse et l’âpreté omniprésents, la photo parfois magnifique du Bayou contraste avec la dureté du propos, les acteurs impeccables et l’accent sudiste traînant de McConaughey imprègnent le spectateur, et la progression implacable des histoires parallèles fait haleter lentement d’épisode en épisode.

Et puis, il y a la fin. Cette espèce de queue de poisson bizarre, où l’on passe brusquement à rythme plus vif, à une narration chronologique avec unité de temps, où Cohle et Hart se retrouvent comme deux vieux potes, où l’ambiance chape de plomb se fissure pour finir sur une séance de tir en forme de grand n’importe quoi, pas crédible pour deux sous. Ces deux derniers épisodes qui ont l’air de ne pas faire partie de la même série, qui en tout ne reposent pas sur la même recette, et qui apportent une conclusion finalement faiblarde à une série qui promettait énormément.

Au bout du compte, les six premiers épisodes sont un vrai polar sudiste déprimant, fort et implacable, un régal pour les amateurs du genre ; les deux derniers font série télé policière un peu plus ordinaire, moins travaillée, pas désagréable mais beaucoup moins forte. L’ensemble vaut le coup d’être vu (ça se fait d’une traite, tranquillou, en une huitaine d’heures), mais je ne puis m’empêcher d’être un peu déçu par la fin.

¹ D’ordinaire, je ne mets que les créateurs comme auteurs d’une série. Fukunaga ayant réalisé l’intégralité de la saison 1, je le crédite, comme pour les films.