Hippocrate

de Thomas Lilti, 2014, ****

Hippocrate, c’est pas vrai­ment un film. C’est plu­tôt, par tableaux suc­ces­sifs, une pré­sen­ta­tion géné­rale, faite par petites touches en sui­vant l’itinéraire d’un interne qui débarque pour son pre­mier stage — toute res­sem­blance avec la pre­mière sai­son d’Urgences serait sans doute for­tuite. Internat, infir­mières, méde­cins titu­laires, chef de ser­vice, méde­cins étran­gers fai­sant fonc­tion d’internes, patients alcoo­liques, patients éner­vés, patients mou­rants, maté­riel vétuste et orga­ni­sa­tion des ser­vices, tout y passe, et tout n’est pas relui­sant.

Bien enten­du, le nœud du pro­blème reste l’angoisse de l’interne seul, cre­vé après trente heures de garde : « que se passe-t-il si je tue un patient ?» Et aus­si l’autre ques­tion éter­nelle : « jusqu’où pous­ser les soins d’une per­sonne condam­née, quand on manque de lits et de moyens et qu’elle-même en a marre de traî­ner de ser­vice en ser­vice ?»

Entre quête ini­tia­tique et huis-clos angois­sant, ce por­trait d’un ser­vice hos­pi­ta­lier, de son fonc­tion­ne­ment, de ses dys­fonc­tion­ne­ments, de sa dis­ci­pline et par­fois de son côté « grande muette » est pre­nant et pas­sion­nant, mal­gré des acteurs un peu inégaux — le côté mol­las­son j’m’enfoutiste de Vincent Lacoste était par­fait pour Les beaux gosses et je le caste sans hési­ter pour une adap­ta­tion de Gaston, mais ça passe moins bien dans un cadre plus tra­gique.

Il y a tout de même deux gros points faibles à ne pas igno­rer. D’abord, la scène « direc­tion contre per­son­nel » après la sanc­tion contre Abdel, sans doute néces­saire pour com­plé­ter le tableau mais un peu lour­de­ment ame­née et sur­tout pleine de cli­chés pesants ; ensuite, un hap­py end qui ne colle pas vrai­ment avec la tona­li­té d’ensemble du film.

Mais bon, ça mérite quand même ample­ment d’être vu, même si ça donne pas trop envie de tom­ber malade.