Kick-Ass

de Matthew Vaughn, 2010, ****

Oui, bon, voilà : je crois bien que c’est la première fois que je retourne voir un film au cinéma sans autre raison que l’envie de le revoir — pas pour accompagner des potes ou comprendre un truc pas pigé du premier coup.

Pourtant, le premier visionnement est sacrément récent.

Du coup, je me rends compte qu’il y a un truc que j’ai oublié dans mon blabla de la dernière fois. La musique.

Parce que bon, autant l’utilisation à parfait escient de l’ouverture de Per qualche dollaro in più, je l’avais remarquée dès le départ et j’étais éclaté de rire, autant le reste de la bande originale mérite également le détour. Y’a un peu de tout, du rock sautillant dans la plus grande tradition nippone, des trucs funky, du limite métal, du classique… Et, un peu à la façon dont les maîtres du spaghetti fabriquaient leurs BO, le choix des morceaux vient servir le film, les thématiques auditives venant tour à tour renforcer ou prendre à contre-pied les images — l’entrée de Hit Girl sur Banana splits met ainsi une ambiance totalement loufoque pour une scène qui, quoique virevoltante et évidemment parodique, pourrait provoquer quelques haut-le-cœur prise au premier degré…

Ah oui, parce que quand je disais qu’il fallait avoir le cœur bien accroché, j’avais pas vraiment réalisé à quel point : pris dans l’ambiance du film et « un peu » entraîné — j’ai quand même vu Kill Bill trois fois, dont une que j’ai passée à essayer de prévenir une copine un peu trop sensible quand il valait mieux qu’elle ferme les yeux, alors que je m’amusais comme un petit fou —, j’avais pas fait gaffe, puis quelqu’un a dit que c’était plus violent que le chef-d’œuvre de Quentin. Du coup, là, j’ai un peu surveillé et alors je reconnais que oui, les maquillages sont vraiment réalistes, les démolissages aussi, et ça peut être vraiment, vraiment trash par moments — et avec des bruitages appropriés, aussi. À la suédoise, oui, je dirais pas mieux.

Du coup, à mon habitude, j’ai un peu regardé les réactions dans la salle — en particulier en seconde vision — et là, le spectacle est autant derrière que devant. Certains qui éclatent de rire tout au long du film, même à des passages qui me laissent froid, bon, on s’y attend, mais la fille au rang derrière qui s’est carrément masqué les yeux pendant deux minutes dans la casse automobile… Wow, apparemment, elle a mis un moment à s’en remettre. Enfin bon, elle s’est bien marrée quand le gardien d’immeuble s’est lentement retourné sur une musique d’Ennio Morricone, ça a peut-être rattrapé le coup.

Globalement, c’est le genre de film volontairement outrancier où les réactions sont très variées, selon son degré de tolérance. Par exemple, mettre un sarcastique « contact the mayor’s office, he has a special signal he shines in the sky, it’s in the shape of a giant cock » dans une réplique d’une gamine de onze ans, ça fait éclater de rire 80 % de la salle¹, mais ça soulève quelques airs outrés chez certains.

Oh, j’ai aussi pigé un truc qui m’avait gêné la première fois (même si c’est pas pour ça que j’y suis retourné, ça me trottait dans la tête) : il me semblait bien qu’il y avait plus de quatre morts chez Razul. C’est d’ailleurs noté comme erreur chez IMDB, qui en compte sept. En fait, je pense que d’Amico parle uniquement de ses hommes : la pute, le junkie et Razul ne sont sans doute pas comptés dans le lot.

Et à part ça, pour le cinéphile, c’est un pur bonheur avec trois tonnes de références plus ou moins directes, mais toujours citées intelligemment : elles ne sont pas là pour le plaisir de placer une référence, quitte à tortiller un dialogue ou une situation pour cela, mais viennent naturellement. Elles peuvent en fait être révélatrices de la mentalité d’un personnage, comme le « say hello to my little friend » (allons bon, il se prend pour Scarface, ce con ?), ou carrément une explication du narrateur (« come on, you’ve never seen movies like Sunset Boulevard, Sin city or American beauty ? »).

Bref, j’ai pas changé d’avis : c’est hautement réjouissant. Je me suis même encore plus amusé cette deuxième fois.

(Note aux parigots : si ça a donné envie à quelqu’un, je suis pas contre un troisième passage.)

¹ dont les 60 % qui détectent immédiatement l’allusion directe à Batman.