Killjoys

de Michelle Lovretta, depuis 2015, ****

Je sais plus si je vous ai déjà fait part de cette réflexion, mais le wes­tern et la science-fic­tion ont un point com­mun inté­res­sant : ce sont à la fois des genres et des cadres — c’est-à-dire que d’un côté, ils imposent leurs thé­ma­tiques, et de l’autre, il servent de décor à des œuvres basées sur les thé­ma­tiques d’autres genres.

Ceci n’est pas un Deadwood. — pho­to Steve Wilkie pour Syfy

Ça a au moins une consé­quence amu­sante : c’est qu’il peut y avoir des wes­terns de science-fic­tion (des his­toires de cow-boys, d’Indiens, de terres à explo­rer et de ban­dits situées dans un uni­vers tech­no­lo­gique futu­riste, genre Firefly) et des œuvres de science-fic­tion wes­tern (c’est-à-dire repo­sant sur des inno­va­tions tech­no­lo­giques et se dérou­lant dans l’Ouest amé­ri­cain du 19e siècle, style Les mys­tères de l’Ouest).

Ceci n’est pas un La conquête de l’Ouest. — pho­to Syfy

Killjoys a très clai­re­ment fait le choix : c’est un wes­tern de SF, dans son accep­tion la plus pure. On suit une équipe de chas­seurs de primes, qui traquent, arrêtent et par­fois exé­cutent un-petit-peu-pas-mécham­ment-mais-bon-quand-même des fuyards que veulent les auto­ri­tés, des ban­dits que recherchent les pro­prié­taires lésés, etc. Comme tout bon chas­seur de prime, ils tra­vaillent pour qui paie (« the war­rant is all », dif­fi­cile à tra­duire, « war­rant » dési­gnant aus­si bien un man­dat d’arrêt qu’un ordre de mis­sion ou un arrêt de mort) ; comme tout bon chas­seur de prime, ils passent leur temps à fouiller les bis­trots sales et les bor­dels sor­dides des villes pous­sié­reuses de la fron­tière ; comme tout bon chas­seur de prime, ils courent d’une ville pauvre à une cité luxueuse avant d’aller chop­per quelqu’un en cavale au milieu du désert ; et comme tout bon chas­seur de prime, il leur arrive de remettre en ques­tion leur man­dat pour suivre une cause plus juste.

Ceci n’est pas un The Expanse. — pho­to Syfy

Et tout ça, avec un vais­seau spa­tial à l’humour par­ti­cu­lier (Lucy, le Jolly Jumper des kill­joys), avec des armes laser, avec des sauts hyper­spa­tiaux, avec une inva­sion extra­ter­restre et dans des décors qui oscil­lent entre Alien, Star Wars et The expanse.

Ceci n’est pas un Terminator. — pho­to Syfy

Comme Firefly il y a quelques années, Killjoys joue sans ver­gogne la carte du fan­tasme fourre-tout : peu importe que ça soit cré­dible ou que ça tienne debout, tant que ça fonc­tionne. Les rela­tions entre les membres du qua­tuor de l’affiche (oui, Lucy fait par­tie de l’équipe) sont sté­réo­ty­pées et faciles, en par­ti­cu­lier une fois tout le monde en place, après la pre­mière demi-sai­son. Les dia­logues ne brillent pas tou­jours par leur finesse, les rebon­dis­se­ments sont plus arti­fi­ciels que la cui­sine d’Hervé This, la trame glo­bale se perd par­fois ou, à l’inverse, prend le pas sur l’histoire de chaque épi­sode… Oh, et le cas­ting, s’il est fort sym­pa­thique, n’est pas tou­jours exem­plaire, cer­tains acteurs ayant ten­dance à faire un peu n’importe quoi sur cer­taines scènes.

Ceci n’est pas un Alien. — pho­to Syfy

Bref, objec­ti­ve­ment, ça n’a rien de for­mi­dable.

Mais. c’est. fun.

Voilà, fal­lait le dire.

Ceci n’est pas un Star Wars. — pho­to Syfy

Killjoys n’a aucune autre pré­ten­tion (même s’il glisse çà et là une petite pique anti­ma­chiste). C’est de la pure dis­trac­tion, qui tourne sans temps mort, qui entraîne à coup sûr le spec­ta­teur pour peu qu’il sache goû­ter cet impro­bable mélange de saveurs. Aucun cla­quage de neu­rone n’est à attendre, mais on prend un vrai plai­sir à se lais­ser aspi­rer dans ces aven­tures wes­terns d’une pla­nète à l’autre. C’est un Paris-Brest aux myr­tilles accom­pa­gné de chan­tilly et de gin­gembre : ça plaît pas à tout le monde, on peut pas dire que ce soit sub­til ou équi­li­bré, mais ça fait du bien quand ça arrive sur les papilles.