Les nouveaux sauvages

de Damián Szifron, 2014, ****

Tous les jours, nous sommes confrontés à des gens que nous n’aurions pas voulu voir, à de petites conneries, des incivilités ordinaires, des conneries administratives, des petits riens qui font que tous les jours, on va au lit en se demandant comment on n’a pas pété les plombs.

Enfin, presque tous les jours.

Il y a aussi des jours où on pète les plombs.

C’est le sujet de ces récits sauvages (titre original) : le moment où on craque, où le prédateur ou la proie ancrés en nous depuis des temps immémoriaux se réveillent pour mordre, fuir, mordre encore. Ce moment où nous arrêtons de jouer les êtres civilisés gentiment policés par leur surmoi pour redevenir des créatures instinctives, amorales, brutales et parfois vengeresses.

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Je veux pas être méchant, mais toi, tu l’as vraiment pas volé. Image Warner Bros.

 

Les nouveaux sauvages n’est pas parfait ; il est même un peu lourd çà et là, comme ce mariage aux dialogues trop soignés pour sonner juste. Certains acteurs sont très bons, d’autres peinent à nous impliquer. Et la photo est parfois très basique, avec notamment pas mal de ciels « percés » dans les scènes extérieures.

Mais c’est une grosse baffe, pas seulement parce qu’il y a dedans une version enfin réussie de Duel et une histoire profondément immorale d’ingénieur et de fourrière. C’est d’abord très dynamique ; c’est ensuite souvent jouissif, parfois édifiant (les riches qui achètent un pauvre pour qu’il aille en prison à leur place…), et ça dynamite gaiement les conventions sociales.

Un peu comme God bless America, c’est féroce, impitoyable, et ça va au fond de sa logique sans se perdre en subtilités. Rafraîchissant, en fait.