The Umbrella academy

de Steve Blackman et Jeremy Slater, 2019, ****

Ils sont sept. Sept enfants sans aucun rap­port, sinon d’être nés au même ins­tant aux quatre coins de la pla­nète et d’avoir été adop­tés par Reginald Hargreeves. Celui-ci constate que ses filleuls ont des pou­voirs et décide de les éle­ver comme des super-héros, les appe­lant par leurs numé­ros et les fai­sant éle­ver par une androïde.

Une famille par­faite. — pho­to Netflix

Trente ans plus tard, Numéro 1, le super cos­taud, est astro­naute et conti­nue à suivre le pro­jet pater­nel. Tous les autres ont cla­qué la porte à la fin de l’adolescence : Numéro 2, jus­ti­cier soli­taire infaillible lan­ceur de cou­teaux, Numéro 3, célé­bri­té pop qui peut don­ner vie aux rumeurs qu’elle lance, Numéro 4, jun­kie hyper­ac­tif capable de com­mu­ni­quer avec les morts, Numéro 5, agent secret qui se télé­porte… Numéro 6, qui pou­vait se trans­for­mer en monstre sur­puis­sant, est mort en opé­ra­tions mais conti­nue à han­ter Numéro 4, et Numéro 7, dépour­vue de pou­voir spé­cial, est deve­nue prof de vio­lon.

C’est nor­mal que je sois à contre-jour : je prends pas la lumière, je suis la nor­male de la famille… — pho­to Christos Kalohoridis pour Netflix

La mort de Reginald les oblige à se retrou­ver au manoir fami­lial. Et, comme dans toutes les comé­dies cho­rales à la fran­çaise où l’on regroupe une famille écla­tée, cette réunion va faire resur­gir les ran­cœurs, révé­ler les diver­gences d’opinions et de carac­tères, et faire écla­ter au grand jour les secrets pater­nels.

Sauf qu’une comé­die cho­rale à la fran­çaise faite par des Américains, avec des super-héros qui se haïssent, des tueurs sans pitié venus du futur pour buter un des héros et une apo­ca­lypse qui se pointe juste là, pour la semaine pro­chaine, ça change un peu la tona­li­té.

En fait, c’est à peu près à Enfants de salaud ce que la qua­trième sai­son de Hero corp est à la pre­mière sai­son de Kaamelott, ce que Panic room est à Maman j’ai raté l’avion, ce que Django est à Sérénade au Texas. S’il y a de vrais pas­sages comiques, notam­ment grâce aux deux impla­cables assas­sins, le fond est glauque et l’ambiance géné­rale lorgne plu­tôt sur la tra­gé­die limite oppres­sante.

Euh… C’était pas comme ça, la Terre, la semaine der­nière ?! — pho­to Netflix

Les rela­tions parents-enfants sont évi­dem­ment au cœur de l’intrigue : la façon dont Reginald élève ses super-héros déter­mine leur des­tin et c’est, quelque part, en repro­dui­sant ses mani­pu­la­tions que l’une de ses filleules a elle-même per­du la garde de son enfant. Mensonges et cachot­te­ries sont éga­le­ment bien repré­sen­tés, et eux aus­si sont des ins­tru­ments de l’apocalypse à part entière. Et comme dans toutes les his­toires de voyage tem­po­rel, la des­ti­née et la pos­si­bi­li­té d’en chan­ger sont des ques­tions impor­tantes.

Ça n’est pas tou­jours très ori­gi­nal et, disons-le, l’individu nor­ma­le­ment consti­tué devi­ne­ra l’essentiel de la fin durant la pre­mière moi­tié de l’histoire. Dès que tout est en place, les prin­ci­pales sur­prises sont des élé­ments de détail, qui viennent appro­fon­dir un peu l’ensemble et nour­rir l’ambiance mais pas vrai­ment bou­le­ver­ser l’intrigue.

Mes bagels et moi, les prin­ci­paux élé­ments comiques de la série. Ou tra­giques. Je sais plus. — pho­to Christos Kalohoridis pour Netflix

Mais ça n’empêche pas The Umbrella aca­de­my d’être très réus­sie. D’abord parce que la tona­li­té, douce-amère, par­fois grin­çante, par­fois comique, sou­vent oppres­sante, est par­fai­te­ment gérée de la genèse à l’apocalypse. L’écriture est soi­gnée et de nom­breux ren­vois sont pla­cés de manière à gui­der le spec­ta­teur en dou­ceur, en gar­dant assez de mys­tère pour nour­rir l’intérêt mais sans perdre en clar­té. Quant à la pho­to, elle est à elle seule une rai­son de voir la série : glo­ba­le­ment sombre et nos­tal­gique, elle s’éclaire par­fois en finesse et les images post-apo­ca­lyp­tique sont para­doxa­le­ment splen­dides.

Ensuite, parce que le cas­ting. Tom Hopper, Helen Page et Robert Sheehan, qui n’ont plus rien à prou­ver depuis long­temps, mènent une liste de débu­tants et d’abonnés aux seconds rôles par­fai­te­ment diri­gés. Sheehan en par­ti­cu­lier reprend plus ou moins le rôle de « dra­ma queen » qui l’a fait connaître dans Misfits, mais avec juste un poil plus de rete­nue, une petite dose d’authentique tra­gé­die qui trans­pa­raît sous les errances et les emphases du per­son­nage.

Je vois des gens qui sont morts… — pho­to Christos Kalohoridis pour Netflix

Sans être abso­lu­ment éblouis­sante ou inat­ta­quable, la série pro­fite donc d’une écri­ture soi­gnée, d’un cas­ting aux petits oignons et d’une ambiance en clair-obs­cur par­fai­te­ment maî­tri­sée pour racon­ter une his­toire inté­res­sante. Je ne vois pas bien ce qu’on pour­rait exi­ger de plus.