3%

de Pedro Aguilera, depuis 2016, ****

Il y a les gens méri­tants, et les autres. Les gens méri­tants peuvent aller vivre sur une île para­di­siaque, l’Autre rive. Les autres s’en­tassent sur le conti­nent, dans une ville dégueu­lasse et sans loi. Pour sépa­rer les deux, il y a le Processus, un triage annuel com­po­sé d’é­preuves phy­siques et sur­tout psy­cho­lo­giques, auquel tous les jeunes ayant fêté leur ving­tième anni­ver­saire dans l’an­née peuvent se pré­sen­ter. Pour 3 % d’entre eux, l’Autre rive et, selon la légende, la vie riche, aisée, confor­table, dans une socié­té paci­fiée ; pour les autres, le retour au conti­nent, à sa pau­vre­té, à sa crasse et à sa vio­lence, sans appel — sauf pour les quelques-uns qui n’au­ront pas sur­vé­cu au Processus.

Dans ma famille, tout le monde passe. On est des meneurs natu­rels, on le mérite. — pho­to Netflix

Ça peut ne pas paraître très ori­gi­nal ; de fait, à peu près tous les thèmes de 3% sont des clas­siques de l’an­ti­ci­pa­tion dys­to­pique, qu’il s’a­gisse de la sépa­ra­tion totale entre gens biens et plèbe, du paci­fisme arti­fi­ciel et un peu faux de la bonne socié­té, de la loi de la jungle sévis­sant chez les pauvres hères, de la lutte des lais­sés-pour-compte contre une socié­té injuste, ou des épreuves impo­sées à un groupe de jeunes pour les inté­grer à la « haute ».

Bon, là, faut réflé­chir ensemble : c’est quoi la réponse ? — pho­to Netflix

Mais en oscil­lant entre Bienvenue à Gattaca, Battle royale, Cube, Hunger games, ou même Sa majes­té des mouches, en alter­nant épreuves indi­vi­duelles où tous les coups sont plus ou moins per­mis et tests col­lec­tifs où la col­la­bo­ra­tion est indis­pen­sable, en uti­li­sant oppor­tu­né­ment des flash-back pour appro­fon­dir un peu les per­son­nages, en évi­tant de tirer à la ligne inuti­le­ment (six heures pour la pre­mière sai­son), la série trouve un ton et un rythme fort pre­nants. Elle réus­sit par ailleurs à n’a­voir ni vrai méchant ni vrai gen­til, cha­cun ayant des qua­li­tés et des défauts, sans que ça ait l’air for­cé, et un cas­ting de bon niveau per­met de don­ner un cer­tain corps à chaque per­son­nage.

Sans être révo­lu­tion­naire, voi­ci donc une série fran­che­ment réus­sie, bien construite et bien menée, indis­pen­sable à la culture de tout ama­teur de SF dys­to­pique.