Jessica Jones

de Melissa Rosenberg, depuis 2015, ****

Il ne suf­fit pas d’avoir des super-pou­voirs pour être un super-héros. Jessica a une force sur­hu­maine, une résis­tance excep­tion­nelle et une capa­ci­té à sau­ter comme une sau­te­relle ; mais tout ce qu’elle en fait, c’est grim­per aux murs pour espion­ner les maris volages, réunir les preuves et les four­nir à leurs épouses. Cela lui per­met de nour­rir sa misan­thro­pie, de res­ter bla­sée, et de se payer suf­fi­sam­ment d’alcool pour ten­ter d’oublier ce putain d’Anglais qui l’a ensor­ce­lée — assez lit­té­ra­le­ment : il a une super-convic­tion — jusqu’à ce qu’il finisse sous un bus.

L’univers Marvel est sur­tout connu pour ses super-héros en armure qui sauvent le monde de super-vilains futu­ristes, les Spider-Man, Iron Man, Capitaine America et autres agents du SHIELD. Mais ce monde est éga­le­ment par­fois très proche du nôtre et n’est pas exempt de ban­lieues sor­dides, de citoyens délais­sés et de jun­kies pau­més. C’est dans cet envers de la médaille que vit Jessica, dont la porte ne peut être répa­rée que pour être à nou­veau cas­sée dans les jours sui­vants, dont les voi­sins sont des beaufs ordi­naires et un type sym­pa qui passe sa vie sous héroïne, et qui maî­trise tel­le­ment mal sa vie de détec­tive pri­vé qu’il lui arrive de cou­cher avec un client un soir de cuite.

Petite discussion entre voisines dans le couloir miteux d'un immeuble sordide. - photo Myles Aronowitz / Netflix
Petite dis­cus­sion entre voi­sines dans le cou­loir miteux d’un immeuble sor­dide. — pho­to Myles Aronowitz / Netflix

Jessica Jones n’est pas une série poli­cière, même si elle reprend les codes des films noirs des années 60. Ce n’est pas une série comique, même si les ama­teurs d’humour cynique et de vannes désa­bu­sées appré­cie­ront. Ce n’est pas une série de super-héros, même si un super-solide, une super-forte et un super-convain­cant sont au centre de l’histoire. Ça pioche à droite et à gauche, et c’est peut-être ce qui lui donne un bel équi­libre, une varié­té de points de vue et fina­le­ment une force cer­taine.

Bon, ça n’est tout de même pas tou­jours un chef-d’œuvre. Certains rebon­dis­se­ments sont un peu télé­pho­nés, cer­tains acteurs sont assez inégaux, pho­to et réa­li­sa­tion sont sans his­toire… Mais c’est une petite série plu­tôt triste, vive, bien menée, presque réa­liste et fran­che­ment accro­cheuse pour les ama­teurs des genres.