Orange is the new black

de Jenji Kohan, depuis 2013, ****

Piper Chapman est une courge. Amoureuse d’une dea­leuse, elle lui sert de mule quelque temps, avant de ren­trer au pays pour s’installer dans une petite vie pépère d’Américaine sub-urbaine, de mon­ter une boîte de savons arti­sa­naux, de se fian­cer et d’oublier sa jeu­nesse. Et puis, dix ans plus tard, la dea­leuse est arrê­tée, balance son réseau, et Piper se prend 15 mois fermes qu’elle pas­se­ra dans une pri­son de sécu­ri­té mini­male – dor­toirs ouverts, cam­buse et visites régu­lières, on est loin de Guantanamo.

Dès la pre­mière sai­son, on retrouve quelques tics nar­ra­tifs de Jenji Kohan qui avaient plom­bé les der­nières sai­sons de Weeds : reprendre la même situa­tion en variant quelques détails, ajou­ter des rebon­dis­se­ments arti­fi­ciels qui font pro­gres­ser d’un niveau sans pour autant renou­ve­ler l’histoire, etc. Du coup, pas­sé les cinq-six pre­miers épi­sodes où la décou­verte de la vie en pri­son par Chapman est tour à tour amu­sante, affli­geante ou tra­gique, on com­mence à se deman­der si ça va pas rapi­de­ment se mettre à tour­ner en rond.

Surveiller l'éducation d'un fils qu'on ne voit qu'au parloir : pas gagné… photo JoJo Whilden pour Netflix
Surveiller l’éducation d’un fils qu’on ne voit qu’au par­loir : pas gagné… pho­to JoJo Whilden pour Netflix

On conti­nue tout de même, parce qu’il y a quelques points hauts assez réus­sis, en par­ti­cu­lier les der­niers pas­sages avec la petite jun­kie Tricia Miller. La sai­son 2 n’est pas exempte de répé­ti­tion mais creuse un peu plus ses per­son­nages secon­daires, et c’est fina­le­ment la sai­son 3 qui s’avère vrai­ment réus­sie : repre­nant une recette un peu façon Lost, elle agré­mente ses fils rouges (la gros­sesse de Daya Diaz, la prise de pou­voir de Joe Caputo, le com­merce de Piper ou la secte de Norma Romano) de pré­sen­ta­tions bien plus fouillées d’autres per­son­nages, racon­tant à chaque fois leur his­toire, leur per­son­na­li­té et le rap­port avec leur situa­tion actuelle. Ça fonc­tionne pour les pri­son­nières, qui peuvent être d’anciennes zonardes des quar­tiers pauvres aux parents camés ou des petites bourges idéa­listes fai­sant leur crise d’adolescence, comme pour les gar­diens — dont Joe Caputo, dont on apprend à la fin de la troi­sième sai­son toute l’histoire des gen­tillesses reve­nues sous la forme de boo­me­rangs acé­rés.

La vie n'est pas un long fleuve tranquille… surtout pour une trans.
La vie n’est pas un long fleuve tran­quille… sur­tout pour une trans. pho­to JoJo Whilden pour Netflix

Si cer­tains pas­sages res­tent beau­coup trop légers pour être réa­listes (quelques scènes font plus colo­nie de vacances que pri­son), d’autres sont heu­reu­se­ment assez durs et bien fichus, le retour­ne­ment de la rela­tion entre Doggett et Coates étant exem­plaire de bru­ta­li­té.

Amour ou haine ? Ça va ensemble… photo JoJo Whilden pour Netflix
Amour ou haine ? Ça va ensemble… pho­to JoJo Whilden pour Netflix

Pas trop mal joué, bien écrit sur­tout dans les deux der­nières sai­sons, presque équi­li­bré entre comé­die et tra­gé­die (mal­gré une ten­dance à la paro­die bur­lesque par moments), Orange is the new black se regarde avant tout comme une gale­rie de por­traits avec cette immense qua­li­té : les femmes sont variées — grosses, maigres, belles, moches, gen­tilles, vicieuses, logiques, psy­chia­triques, exu­bé­rantes, dis­crètes, fémi­nines, viriles… — et évo­luent pro­gres­si­ve­ment d’un épi­sode à l’autre. Du coup, c’est assez inté­res­sant et plu­tôt réus­si.

Voir aussi :