Hit & miss

de Paul Abbott, 2012, ****

Vous vous souvenez bien entendu de la célèbre scène de Shame, qui a amené George Clooney à demander à Michael Fassbender s’il pouvait « jouer au golf comme ça, les mains derrière le dos ». Et bien figurez-vous qu’il y a une série britannique qui, l’année suivante, s’est ouverte sur une séquence similaire, mais avec Chloë Sevigny dans le rôle principal : il y a là plus de seins, mais pas moins de bite. C’est en effet la petite spécificité de Mia, tueuse à gages : anciennement Ryan, elle a accepté ce boulot pour pouvoir se payer l’opération qui fera définitivement d’elle une femme. Ce plan semble se dérouler sans accroc, jusqu’à ce qu’elle reçoive une lettre d’une ancienne maîtresse de Ryan : Mia est le père d’un garçon de dix ans dont la mère, mourante, lui confie également ses trois autres enfants.

Un tueur insaisissable, une jeune fille innocente, non c'est pas Léon. photo Sky Productions
Un tueur insaisissable, une jeune fille innocente, non c’est pas Léon. photo Sky Productions

C’est toute l’histoire d’une brève série (cinq heures en tout et pour tout) qui oscille en permanence entre polar mafieux et vie de famille, entre comédie et tragédie, entre légèreté et violence. Plutôt bien joué, presque crédible pour selon qu’on avale le postulat initial, Hit & miss est surtout très bien raconté et les différents arcs narratifs forment finalement un ensemble plutôt complexe : Mia doit évidemment gérer sa carrière tout en s’installant dans une vie de famille où elle n’était pas attendue et qu’elle n’a jamais souhaitée, mais aussi gérer sa frustration de n’être pas encore tout à fait femme alors que le joggueur du coin lui fait envie, protéger sa famille contre les racketteurs, mafiosi, agresseurs et autres propriétaires, supporter les envies d’indépendance de deux adolescents et trouver le temps d’expliquer à son fils que non, ce n’est pas parce qu’il veut être fort comme son père qu’il doit lui aussi mettre une robe.

Une vraie femme doit aussi savoir se défendre, pas vrai ?
Une vraie femme doit aussi savoir se défendre, pas vrai ? photo Sky Productions

Si certains ressorts scénaristiques manquent un peu de finesse (on peut en dire autant de Shameless, du même créateur), d’autres sont prenants, touchants, voire franchement émouvants. Les différents personnages centraux sont suffisamment creusés dans différents aspects pour que tout ne tourne pas autour de Mia, et la série touche à plusieurs sujets sensibles sans s’appesantir mais sans trop survoler non plus.

Malgré un point de départ franchement capillotracté, l’ensemble est donc une vraie réussite, fort agréable et que l’on peut regarder intégralement sur une longue soirée.