Airport

de George Seaton, 1970, **** (par gentillesse)

Un Boeing 707, c’est gros. Du coup, quand un pilote coupe un peu serré pour prendre un taxiway et « tanke » son avion dans les bas-côtés enneigés, la queue déborde généreusement sur la piste. Et forcément, c’est ce jour-là qu’un désespéré monte dans un autre 707 qu’il espère faire sauter au-dessus de l’Atlantique pour que sa femme touche l’assurance-vie – et comme un 707, c’est aussi costaud, l’avion résiste à la détonation mais doit absolument se poser là, maintenant, ici.

J’avais qu’un souvenir très flou d’Airport, que j’avais vu il y a une vingtaine d’années sur un écran cathodique un soir où Antenne 2 le diffusait. Non, j’exagère, c’était déjà France 2, mais quand même. Vieillissant un peu, j’en avais gardé l’image floue d’un pilote de 707 planté dans la neige qui met plein gaz pour sortir l’avion façon gros bourrin, et je m’étais convaincu que le film devait en fait être d’un haut niveau de ridicule (comme 98 % des films où il y a des avions).

Du coup, faut le dire clairement : c’est plutôt une bonne surprise.

Oh, bien sûr, les acteurs sont inégaux, parfois théâtraux. Bien sûr, la trame générale est cousue de fil blanc — et je dis « fil » pour pas dire « corde ». Bien sûr, y’a même pas besoin d’être spécialiste pour s’étonner que l’avion coincé au sol et l’avion qui vole aient la même immatriculation. Bien sûr, la réalisation est typique de l’époque, avec des champs / contre-champs de la finesse d’un Super Guppy. Bien sûr, certains dialogues méritent d’entrer tout droit dans le Panthéon des répliques de merde (« — Le manuel disait que c’était impossible. — C’est le truc bien avec le 707 : il peut tout faire, sauf lire », sérieux ?!). Bien sûr, on se demande à quoi servent toutes ces scènes pseudo-sentimentales à deux balles, et bien sûr, environ 40 % des personnages masculins ont une maîtresse et hésitent à divorcer, ce qui même en 1970 était un peu exagéré.

Mais finalement, Airport s’en sort plutôt mieux que pas mal d’autres films-catastrophes aéronautiques dans au moins un domaine : la reconstitution aéronautique. Les dialogues entre tour et avion ressemblent à de vraies instructions de navigation, les problèmes de gestion de piste aussi, et même le bourrinage pour sortir le 707 de son trou n’est finalement pas un « rien à foutre, je suis un héros, j’y vais », mais un « on a vraiment tout essayé sauf ça ».

Du coup, c’est pas vraiment un bon film, mais il dépasse les espoirs qu’on aurait mis en lui sur la base de son synopsis et d’autres films du genre.