Interstellar

de Christopher Nolan, 2014, ****

L’homme est un explorateur. Et si, après avoir détruit une planète, il devait mettre le paquet sur l’agriculture, il ne pourrait tout de même renoncer longtemps à regarder les étoiles en quête d’une autre planète à pourrir coloniser.

Tel est le postulat d’Interstellar, petit film où Nolan revisite la science-fiction post-apocalyptique.

Bon, vous connaissez Chris : faire simple, ça l’amuse pas. Il aime les clefs, les mystères, il aime nous balader et ne dévoiler ses cartes que l’une après l’autre. Interstellar ne fait pas exception et alterne documentaire sur la fin du monde, précis d’éducation rurale, film d’aventures et science-fiction, avant de donner dans le religieux façon Jacques Brel (« je crois que Dieu, c’est les hommes, mais ils ne le savent pas »). Il est impossible de ne pas penser à 2001, l’odyssée de l’espace, qui reprenait l’origine de l’humanité, l’aventure spatiale, notre rapport angoissant à une technologie omnipotente, et finissait par faire de David Bowman un être surnaturel. Le schéma est très similaire : de la base de l’humanité, à l’exploration, à la transcendance. Ce n’est certainement pas un hasard : Chris a bourré son film de références à Stan, jusqu’à donner aux robots la forme du célèbre monolithe.

Grosse différence tout de même : Interstellar est un film technophile. L’angoisse ne vient pas d’une technologie mal maîtrisée mais des vieux fondamentaux de l’homme, la peur du vide, la peur de la mort, la peur de l’abandon et de la solitude, et bien entendu les conflits avec ses semblables. L’homme n’est pas victime de l’inhumanité, mais de sa propre nature, et il est responsable de sa propre perte — et de sa propre salvation.

Sur le plan formel, Chris fait également dans l’hommage à Stan, dont il reprend quelques plans lents et contemplatifs ainsi que l’obsession pour une photo à l’éclairage et au graphisme impeccables. Il multiplie également les jeux sur la rotation qui avaient valu à 2001, l’odyssée de l’espace une pluie d’Oscars, avec suffisamment de recul pour l’arrêter au moment opportun. Mais ce n’est pas tout : Nolan inaugure également l’ère post-Gravity, en empruntant à Cuarón un certain sens de la panique en apesanteur. Et il reprend évidemment son propre style, avec un traitement psychologique et un progression parallèle de différents niveaux d’intrigue qui rappellent un peu Inception.

Le résultat est, quelque part, un peu comme si le scénariste d’Inception et le directeur artistique de Gravity avaient décidé de faire 2001, l’odyssée de l’espace. C’est grand, beau, ambitieux, peut-être un poil abscons et prétentieusement symbolique par moments. C’est pas aussi intimement fait pour moi que ne l’était Inception, mais c’est quand même sacrément bon.