Howard the duck

de Willard Huyck, 1986, **

Et si Donald exis­tait dans la vraie vie ? Ben si vrai­ment c’était le cas, il serait comme tout le monde : vague­ment poi­vrot, cynique, désa­bu­sé, égo­cen­trique et misan­thrope. Et il serait télé­por­té acci­den­tel­le­ment sur Terre, dans une ruelle déla­brée de Cleveland, Ohio, où il se retrou­ve­rait seul anta­go­niste d’un démon aspi­ré par le même che­min que lui et déci­dé à prendre le contrôle de la pla­nète.

Histoire d’être clair, signa­lons d’entrée que Howard the duck¹ est consi­dé­ré comme l’un des pires films de l’univers connu. Après avoir lais­sé les spec­ta­teurs-tests dubi­ta­tifs, il a été plom­bé par la cri­tique et s’est ramas­sé au box-office comme peu d’autres. Du coup, en lan­çant le vision­nage, je m’attendais à un enchaî­ne­ment sans fin de scènes pour­ries, d’échanges pous­sifs et de mon­tage naze.

Ceci explique peut-être pour­quoi, deux heures plus tard, j’avais vague­ment l’impression que fina­le­ment, c’était « pas si pire ».

En fait, l’erreur à ne sur­tout pas com­mettre est de prendre Howard the duck pour un film. C’est autre chose, une sorte de paro­die de machin qui n’existe pas, un monu­ment de sur­réa­lisme kitsch où rien ne se prend au sérieux. Bon, bien sûr, à l’époque, il avait été pré­sen­té comme un film, ce qui a for­cé­ment joué en sa défa­veur ; mais avec un peu de recul, c’est du bon pour­ri, le genre qui ne pré­tend pas être réus­si, qu’on ne peut pas prendre au sérieux et que l’on regarde comme une curio­si­té absurde.

Donc, Howard the duck est un grand et inces­sant n’importe quoi. Le fait d’avoir tour­né un film avec des peluches ani­mées et des cos­tumes par­ti­cu­liè­re­ment inex­pres­sifs donne fina­le­ment un cer­tain charme à Howard, de même que la qua­li­té d’image médiocre, les effets spé­ciaux qui rap­pellent vague­ment le tout pre­mier Jabba — avant que George Lucas ne le rem­place par une ver­sion numé­rique — ou encore les dia­logues à l’absurde ache­vé.

Bien sûr, mal­gré tous nos efforts pour igno­rer les failles béantes de ce fatras bor­dé­lique, il faut recon­naître que cer­taines scènes sont quand même un peu trop nulles. La séquence en ULM est un exemple par­ti­cu­liè­re­ment long et pous­sif d’une idée qui aurait pu être bonne (enfin, bonne comme le reste du film) si elle n’avait pas été pous­sée trop loin, don­nant une sorte de cari­ca­ture des pires moments de Ces mer­veilleux fous volants dans leurs drôles de machines.

Mais d’autres scènes sont des som­mets d’absurdité sur­réa­liste, comme les com­bats d’Howard contre les hommes (dans la rue ou au bar) ou plus encore l’inévitable scène de lit, qui détourne fina­le­ment pas si bête­ment que ça les codes du genre.

Et au final, ce « film » devient quelque part lar­ge­ment plus regar­dable que d’autres adap­ta­tions Marvel beau­coup plus sérieuses et pré­ten­tieuses — au hasard, celles où le meilleur acteur est un mar­teau et où le scé­na­riste tra­vaille pour Adobe.

¹ Le Comité anti-tra­duc­tion foi­reuses n’existait pas encore en 1986, mais il a lan­cé un fat­wa avec effet rétro-actif inter­di­sant le « Howard… une nou­velle race de héros » uti­li­sé à l’époque sur les affiches fran­çaises.