La voie de l’ennemi

de Rachid Bouchareb, 2014, ****

Il y a 18 ans, Garnett a buté l’ad­joint d’un shé­rif néo-mexi­cain. Aujourd’hui, il sort de tôle, avec une reli­gion, un GED (l’é­qui­valent d’un bac en can­di­dat libre) et un objec­tif ferme : trou­ver un taf, une amie, un toit, et ne jamais refoutre les pieds dans un com­mis­sa­riat.

Il y a 18 ans, l’ad­joint du shé­rif Agati s’est fait buter. Aujourd’hui, l’as­sas­sin sort de tôle pour bonne conduite, mais Agati est convain­cu qu’on ne change pas comme ça et que faire jus­tice, c’é­tait lui mettre per­pette au mini­mum.

Alors, d’en­trée, Garnett sait qu’Agati va tout faire pour le ren­voyer à l’ombre.

C’est ori­gi­nal, pour un wes­tern du Nouveau-Mexique, d’être réa­li­sé par des Français avec des capi­taux algé­riens sur la base d’un film de Giovanni.

Le résul­tat est assez réus­si, le film ne se conten­tant pas de chan­ger le décor et d’al­lon­ger les plans larges en exté­rieur façon wes­tern pour s’é­man­ci­per de son aîné.

La voie de l’en­ne­mi, c’est ain­si non seule­ment l’his­toire d’un type qui sort de taule, du flic qui veut le faire replon­ger et de la conseillère de pro­ba­tion qui veut le gar­der dans le droit che­min. C’est aus­si l’his­toire de l’im­mi­gra­tion au Nouveau-Mexique — entre les lati­nos qui s’ins­tallent pour construire leur bout de rêve amé­ri­cain et ceux qui viennent faire des affaires en exploi­tant leurs congé­nères… — et une réflexion sur la rédemp­tion et la réin­ser­tion. C’est aus­si un clin d’œil à la peur du musul­man qui imprègne cer­tains Wasp et un rap­pel cin­glant qu’au­cun simple citoyen amé­ri­cain n’est auto­ri­sé à arrê­ter un autre indi­vi­du. C’est enfin une his­toire de ten­ta­tion, à la fois amou­reuse et judi­ciaire.

Et si par hasard vous aviez encore peur de voir un remake de Deux hommes dans la ville, sachez que la chute est elle aus­si pro­fon­dé­ment dif­fé­rente, plu­tôt en varia­tion sur le thème « pro­tège-moi de mes amis ».

L’ensemble est très bien fichu, la pho­to d’Yves Cape est sou­vent sublime, et on ne peut repro­cher qu’une cer­taine lan­gueur ponc­tuelle et la naï­ve­té de cer­tains pas­sages (sérieux, Teresa, jamais elle se pose une ques­tion ?). Ça mérite d’être vu.