Conversation animée avec Noam Chomsky

de Michel Gondry, 2013, **

Alors voilà : avec un film, il y a une sélection, un montage, et le résultat est plus la parole du réalisateur que celui des gens qu’il montre. Du coup, Gondry a voulu que personne ne puisse oublier son intervention sur le film, en le basant sur une animation délirante et colorée qui pourrait rappeler les grandes heures du psychédélisme. Bien entendu, au passage, il se présente d’entrée comme un poseur et imprime encore plus fortement sa marque : pour contrer un biais connu des documentaires, il le multiplie.

En fait, c’est absolument terrible, mais j’ai eu plusieurs fois l’impression que Chomsky disait quelque chose d’intéressant pour moi, qui pouvait me parler et trouver un écho dans ma psyché ; mais l’animation simplifiait, purifiait, imposait une lecture unique, bien plus que ne l’aurait fait un documentaire classique — qui aurait eu à tel moment un plan sur le visage, un plan sur les mains, un plan de coupe quelconque, une forme d’illustration qui m’aurait laissé plus facilement écouter et trouver mon propre sens.

Le résultat est super paradoxal : ceci n’est pas un film sur Chomsky, sa pensée ou la linguistique. En fait, la parole de Chomsky ne peut plus m’atteindre, parce qu’au lieu d’un réalisateur discret qui biaise forcément un peu mais centre le film sur son sujet, Gondry impose son Moi, écrase le film de sa propre psyché, se pose lui-même en filtre entre Chomsky et moi.

Ça n’empêche pas le film d’être intéressant, hein. Et parfois long, et souvent bordélique aussi. Mais il faut bien comprendre : ce n’est pas une conversation animée avec Noam Chomsky. C’est une projection fantasmée de Michel Gondry, utilisant comme terreau des conversations avec Chomsky.