La belle et le clochard

de Hamilton Luske, Clyde Geronimi et Wilfred Jackson, 1955, ***

Ça devait bien faire vingt ans que j’avais pas vu La belle et le clo­chard, clas­sique par­mi les clas­siques que j’avais vu et ado­ré plu­sieurs fois étant môme. Mon ciné d’à côté m’a don­né l’occasion de me le refaire et j’en ai pro­fi­té pour bouf­fer une bonne grosse made­leine.

Faut dire qu’il y a quelques scènes impayables qui ont des chances de res­ter assez intem­po­relles. Le numé­ro des res­tau­ra­teurs ritals, le mono­logue de Clochard sur les bébés, l’expérimentation du cas­tor, ça ne prend pas une ride et ça fait tou­jours son effet.

Ce n’est, hélas, pas le cas de tout le film. L’animation reste de bon niveau, mais le mon­tage assez inégal ne masque pas quelques lon­gueurs et le fond du pro­pos a ter­ri­ble­ment vieilli : le film est très tra­di­tion­na­liste, papa maman les enfants tout ça, et il n’est per­mis de s’amuser que jusqu’au jour où on rentre dans le rang. Dans ce domaine, Les aris­to­chats a beau­coup mieux sup­por­té les outrages du temps, pas seule­ment parce qu’il était plus jazz (au lieu de l’espèce de soupe Tino Rossi-Mireille Matthieu de La belle et le clo­chard) mais sur­tout parce qu’il était plus auda­cieux dans le pro­pos ― on ne sait jamais qui était le père des enfants de Duchesse, qui n’est pas l’espèce d’oie blanche qu’est Lady, et le duo qu’elle va for­mer avec O’Malley ne s’appelait pas encore « famille recom­po­sée ».

Bien sûr, La belle et le clo­chard a presque vingt ans de plus, et ce sont des décen­nies qui comptent : Vietnam, révo­lu­tions étu­diantes et beat gene­ra­tion sont pas­sés par là. Mais le résul­tat est là : les thèmes abor­dés et sur­tout leur trai­te­ment sont très vieillots, à l’opposé du vent de liber­té qui a souf­flé par la suite.