Non-stop

de Jaume Collet-Serra, 2014, *

Il y a parfois des choses qui me mettent en rage. Les politiciens qui se rabaissent au niveau d’élèves de maternelle. Les marchands de matériel qui m’obligent à payer un logiciel inutile. Les « journalistes » qui copient une dépêche sans même prendre le temps de la lire. Les gens aisés qui jugent les autres sur la base de leur salaire. Et les films qui ont tout pour être bons, mais qu’un détail fout totalement par terre.

Non-stop, c’est ça. Ça commence comme un bon thriller en huis clos, avec tout de même quelques clichés (ouais, le flic alcoolo, faut penser à arrêter de l’utiliser à tout bout de champ, hein). Deux-trois scènes fonctionnent vraiment bien, le rythme est maîtrisé, la tension monte progressivement, le doute s’installe, une paire de clichés sont désamorcés, et on a l’impression que le scénariste a un peu bossé son sujet (par exemple, en utilisant le fait que les téléphones cellulaires ne passent pas en avion, mais que de plus en plus sont équipés d’un relais WiFi).

Et puis, patatras, on approche des dernières scènes. Et ça devient n’importe quoi. Bon, déjà, j’apprends qu’on peut percer un trou dans une cloison de cockpit en plein vol sans que personne ne le remarque, c’est rassurant pour les produits Boeing. Et puis, on nous explique qu’il y a une procédure en cas de bombe à bord : plaquer la bombe sur une porte, mettre autant de bordel dessus que possible pour amortir, comme ça l’explosion éjecte la porte et le souffle dégage par l’extérieur, mais faut faire ça à basse altitude pour pas que la déflagration soit propagée par la différence de pression. Sur le papier, je suis d’accord. Mais alors, pourquoi le contrôle interdit-il à l’avion de descendre ? La logique est simple : un pilote dit que son avion est détourné, on lui envoie une escorte (notamment pour le descendre s’il lui venait l’idée d’aller s’écraser en ville) ; un pilote dit qu’il a une bombe à bord, on le laisse faire la procédure prévue et descendre à l’altitude voulue. Je veux pas dire, mais un Typhoon peut tout à fait descendre un 767 à 8000 pieds, aussi sûrement qu’à 36000.¹

Et enfin, tout le piqué se fait en poussant sur le manche, comme en témoignent les gouvernes braquées à fond dix secondes après le début de la descente. Ah ouais. Euh là, pas besoin d’être un génie de l’aérodynamique pour comprendre comment ça marche : si lorsque le manche est au centre, l’avion va tout droit et avec le manche vers l’avant, l’avion baisse le nez, alors si le pilote maintient le manche en avant l’avion doit logiquement continuer sa rotation. Quelque chose me dit que c’est d’ailleurs précisément comme ça qu’on fait une boucle inversée.

Le résultat, c’est que le dernier quart d’heure du film est risible, ridicule et pathétique. Et ça, ça bousille totalement l’excellente heure et demie qui précède, en transformant un excellent polar aérien en navet écrit par un enfant de huit ans (pas très futé, en plus).

¹ Pour les pinailleurs, le problème avec les Typhoon, c’est pas de descendre un 767, c’est plutôt d’aller le chercher au dessus de l’Atlantique pour l’accompagner jusqu’en Islande. Les Typhoon basés le plus près de l’Islande sont ceux du Squadron n°6 de la RAF, qui surveillent la mer du Nord depuis l’Écosse, à 1200 km de l’Islande  ; vu le rayon d’action de l’appareil, s’ils doivent intervenir jusque là-bas, il seront quasiment à bout de carburant en arrivant sur place et devront ravitailler à Keflavík avant d’avoir eu le temps de faire quoi que ce soit.