Rush

de Ron Howard, 2013, ****

Il s’appelle James Hunt. Britannique lon­gi­ligne, beau gosse bohème de ser­vice, il arbore un bru­shing impec­cable et aime à se pro­me­ner pieds nus avec une fille à chaque bras. Il est aus­si carac­té­riel et fon­ceur, n’hésitant pas à se glis­ser dans un trou de sou­ris ou à faire montre d’un pilo­tage agres­sif pour gagner une place.

Il s’appelle Andreas Lauda, mais tout le monde l’appelle Niki. Petit autri­chien, la mâchoire pin­cée, il a tou­jours un air vague­ment sévère et un peu trop ten­dance à dire exac­te­ment ce qu’il pense, sans for­mule de poli­tesse ni égards pour per­sonne. Il est aus­si métho­dique et cal­cu­la­teur et sait exac­te­ment jusqu’où il est prêt à ris­quer sa peau.

Par hasard, ils se retrouvent face à face dans les deux meilleures équipes du moment, en 1976. Lauda paraît intou­chable et Hunt aban­donne trop sou­vent ; mais en milieu de sai­son, alors que les Britanniques ont réso­lu leurs pro­blèmes de fia­bi­li­té, Lauda s’écrase et brûle. Il rate deux grands prix, revient dimi­nué et le cham­pion­nat se joue sous un déluge japo­nais.

L’histoire, on la connaît tous. La sai­son 76 fait par­tie des légendes que les fans de sports méca­niques se racontent le soir à la veillée, au même titre que le duel Arnoux-Villeneuve, les trois der­niers grands prix de 97, l’arrivée des 24 heures du Mans 69, la remon­tée d’Andruet et Biche au Monte-Carlo 73… Le défi de Ron Howard n’est donc pas de faire connaître les évé­ne­ments, mais plu­tôt de les faire oublier pour inté­res­ser plus lar­ge­ment que chez les mor­dus de Formule 1.

Il y arrive plu­tôt bien. La réa­li­sa­tion est effi­cace, un peu trop pré­vi­sible par­fois (notam­ment à cause de l’utilisation trop métho­dique d’une musique pesante) mais fort soi­gnée, et le petit clin d’œil à Frankenheimer sur un des pre­miers plans est tou­jours sym­pa­thique. Le synop­sis est évi­dem­ment de l’or en barres, la réa­li­té ayant offert sur un pla­teau la plus clas­sique oppo­si­tion entre hâbleur sexy et tra­vailleur déter­mi­né. Il y a des voi­tures, des femmes, de la mort (mais pas trop d’émotion quand même : « il est ren­tré trop vite dans le virage, c’est sa faute » est à peu près tout ce que Lauda a à dire sur François Cevert), de la riva­li­té, des bons mots et des mau­vaises manières, bref, tout ce qu’il faut pour un film d’action réus­si.

Et puis, il y a un duo d’acteurs. Oui, je viens de dire du bien de Chris Hemsworth, moi aus­si j’en suis tout sur­pris. Bon, faut dire qu’il joue un cré­tin obsé­dé par la vitesse, le sexe et la bière, c’est pas for­cé­ment très com­pli­qué, mais quand même, il s’en sort très bien et son James Hunt est aga­çant et sym­pa comme il faut. Et Daniel Brühl… Bon, on sera moins sur­pris, il a une car­rière qui parle pour lui, mais quand même, il est flam­boyant. Déjà, il est très bon pour incar­ner un Autrichien cynique, insor­table et tra­vailleur achar­né ; mais en plus, pour tous ceux qui ont déjà vu Lauda de près ou de loin, il est impres­sion­nant de jus­tesse, avec les mimiques, les atti­tudes, la démarche du pilote.

Au final, le film est très recom­man­dable pour les ama­teurs de sports méca­niques et sans doute regar­dable pour les fans de films d’action en géné­ral.

On lui repro­che­ra tout de même un truc : Howard semble être adepte du dic­ton « quand la légende est plus belle que la réa­li­té, mieux vaut racon­ter la légende ». Du coup, il pré­sente comme his­to­rique une riva­li­té Hunt-Lauda qui n’a en réa­li­té vrai­ment exis­té qu’en 1976, les deux hommes étant arri­vés en Formule 1 à quelques années d’écart avec des par­cours assez dif­fé­rents. Ce n’est pas non plus Hunt qui a le pre­mier deman­dé à cou­rir le grand prix d’Allemagne, et d’ailleurs qui aurait écou­té un co-troi­sième du cham­pion­nat, au pal­ma­rès limi­té à trois vic­toires et connu pour son tem­pé­ra­ment risque-tout ? Le groupe de Lauda deman­dant l’annulation était mino­ri­taire, point. Et puis non, Lauda n’a pas pas­sé quatre minutes au garage juste avant son acci­dent, comme il aurait dû le faire pour que Hunt soit au Karussel lors de sa sor­tie des stands. Et je ne parle même pas de Hunt tabas­sant un jour­na­liste : autant la scène est amu­sante et sym­bo­lique, autant une agres­sion de ce calibre ne serait évi­dem­ment pas pas­sée inaper­çue dans la réa­li­té.

Ceci étant, j’attends Rush 2 avec impa­tience. Bon, il n’est pas encore pré­vu, c’est juste une petite sug­ges­tion à la pro­duc­tion, mais la coha­bi­ta­tion Lauda-Prost chez McLaren en 84, avec le cham­pion­nat rem­por­té pour un demi-point, ça devrait faire un film cor­rect. 😉

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