Dans la maison

de François Ozon, 2012, ****

Un élève qui sait écrire, qui a une plume et une sensibilité au réel, pour un prof de français aigri et blasé par la médiocrité ordinaire de ses lycéens, ça devrait être une bénédiction. Mais quand le gamin raconte son immixtion dans une famille ordinaire et la façon dont son voyeurisme discret le pousse à observer la mère d’un de ses camarades, quelle ligne adopter ? Partir du principe que c’est de la fiction et se voiler la face, mettre fin à l’exercice de style, ou encourager l’élève pour l’amour de la littérature en feignant d’ignorer le côté malsain de cette obsession ?

Pour qui a vaguement traîné dans l’éducation, Dans la maison a un écho troublant. Les élèves favoris, les élèves intelligents, les élèves talentueux, ceux qui de toute évidence dépassent du troupeau de moutons qu’on côtoie à longueur d’année, jusqu’où peut-on les accompagner ?

Le film est aussi intelligent, doté de dialogues acerbes et de personnages brillants, et profite d’une narration d’autant plus infaillible qu’elle expose elle-même les principes de base d’une bonne histoire avant de les appliquer ou de les détourner.

Le petit problème, c’est que Dans la maison est écrit. Très écrit, peut-être trop écrit. Bourré de références intellectuelles, au point qu’une solide culture littéraire peut être considérée comme un pré-requis pour vraiment le goûter : tous les auteurs classiquement présentées comme grands sont cités, de La Fontaine à Flaubert en passant par Hugo, et Stendhal ne manque à l’appel que parce que bon, l’histoire d’un jeune précepteur intelligent et un peu cynique qui tente de séduire une femme de petite bourgeoisie, c’est en soi un gros hommage, non ?

Du coup, on ne peut se séparer de l’impression que Dans la maison est un peu une pièce de théâtre, ancrée dans la réalité sans doute, moderne et superbement écrite évidemment, mais pas forcément adaptée à un médium comme le cinéma. Et le truc le moins surprenant est finalement de découvrir, dans le générique final, qu’une pièce espagnole a servi d’inspiration…

Le film provoque donc une vraie excitation intellectuelle et se regarde avec jubilation, mais il n’est pas exempt de quelques excès, dans ses qualités mêmes.

Au passage, il y a aussi une paire de trucs bizarres pour qui connaît un peu l’éducation : par exemple, les lycées en ville ne sont pas des cités scolaires avec collège intégré, donc les gamins de seconde n’étaient pas dans le même établissement en troisième ; ou encore, personne n’a jamais reproché à un élève de seconde d’être paumé par les nombres complexes, vu qu’il ne sont abordés qu’en terminale et uniquement en section scientifique.