Total recall, mémoires programmées

de Len Wiseman, 2012, ***

Vous connais­sez le concept du film que la cri­tique démo­lit juste parce qu’il passe après une œuvre deve­nue culte ? C’est le pro­blème de Mémoires pro­gram­mées, adap­té de la même nou­velle que le célé­bris­sime Total recall de Paul Verhoeven. Mes insignes confrères de la presse spé­cia­li­sée mul­ti­plient les réfé­rences à ce pre­mier film et le prennent comme éta­lon pour démo­lir le petit nou­veau, qui prend du coup une bonne option sur le titre de film le plus injus­te­ment des­cen­du par la cri­tique de l’année.

Donc, voi­là : c’est l’histoire d’un tra­vailleur pauvre qui va dans une boîte d’implantation de mémoire, his­toire de s’inventer des sou­ve­nirs agréables. Il choi­sit un scé­na­rio où il serait agent secret, mais au moment où l’implantation com­mence, on s’aperçoit qu’il l’est réel­le­ment — son fan­tasme de s’imaginer en James Bond vient en fait de rési­dus de sou­ve­nirs de l’époque où il l’était, sa mémoire ayant été tota­le­ment effa­cée.

À par­tir de là, Mémoires pro­gram­mées est un film d’action assez ordi­naire, un peu tape-à-l’œil par moments, et d’autant moins ori­gi­nal qu’il reprend fidè­le­ment le style Wiseman (réa­li­sa­teur des deux pre­miers Underworld) et que le second rôle est tenu par une Beckinsale en com­bi mou­lante (comme tous les Underworld). Il ne reprend fina­le­ment pas grand-chose de la nou­velle de Dick (en gros, seule sub­siste l’idée que l’implantation foire parce qu’elle est en conflit avec un sou­ve­nir réel), mais il pompe géné­reu­se­ment une belle liste d’œuvres diverses : on voit ain­si pas­ser du Blade run­ner, du Paycheck, duLa mémoire dans la peau, des des­sins de Bilal…

Le rythme est bien mené, le jeu des acteurs plu­tôt banal, la réa­li­sa­tion soi­gnée mais sans génie, c’est donc un film qui se regarde sans cer­veau mais avec plai­sir, pour peu qu’on ne prête pas trop atten­tion aux inco­hé­ren­ces¹ et qu’on évite de le trai­ter comme un remake de Verhoeven qu’il n’est abso­lu­ment pas.

¹ Les plus belles concernent la Chute, sorte d’ascenseur qui tra­verse la pla­nète par le centre. Par exemple, la pre­mière fois, le tun­nel contourne le noyau ter­restre en fusion ; la deuxième fois, il le tra­verse. Ou encore, les héros peuvent res­pi­rer dans le tun­nel, donc il y a de l’air ; or, il est dit que la Chute tra­verse la pla­nète en 17 min, soit une vitesse moyenne de l’ordre de Mach 40 irréa­li­sable sans pla­cer le tun­nel sous vide — et s’il n’est pas sous vide, on ne risque pas de res­pi­rer autour d’un bolide se dépla­çant à cette vitesse. Enfin, en chute libre, il fau­drait 42 minutes pour tra­ver­ser la Terre, donc on peut sup­po­ser que le mobile accé­lère en plus de la gra­vi­té ; mais alors il doit se retour­ner au départ pour mettre les pas­sa­gers dans le sens de l’accélération, au milieu pour les ali­gner dans celui du frei­nage, et enfin à l’arrivée pour les reca­ler sur la gra­vi­té locale, et non une seule fois au milieu.

Voir aussi :