Broken

bijou de Rufus Norris, 2011

C’est l’histoire d’un emballage de préservatif. Un père le trouve dans la chambre de sa fille, lui demande le nom de son amant, et fonce démolir celui qu’elle désigne : l’idiot du village.

C’est l’histoire d’un mec pas très futé mais doux comme un agneau, qui est occupé à laver sa voiture et qu’un de ses voisins envoie brutalement à l’hôpital.

C’est l’histoire d’un avocat qui élève seul son fils lycéen et sa fille qui entre en sixième, avec l’aide d’une fille au pair.

C’est l’histoire d’un prof de collège qui sort avec une fille au pair, mais n’arrive pas à la garder.

C’est l’histoire d’une gamine vive et intelligente, que tout le monde surnomme « Skunk » (putois), qui a vu un voisin en passer un autre à tabac et sa baby-sitter jeter son prof d’anglais, et qui se demande si la vie est toujours comme ça.

C’est l’histoire d’une gamine vive et retorse qui a décidé que le collège serait l’endroit où devenir riche en rackettant ses camarades — avec sa sœur aînée pour faire les gros bras au besoin.

C’est l’histoire d’une mère couveuse traumatisée par l’agression subie par son fils.

C’est l’histoire d’un quartier où tout le monde est cassé ou en passe de l’être, des premières amours d’adolescents ou de quadragénaires, d’accusations mensongères ou réelles, de vies et de morts.

Et c’est un peu l’histoire d’un effet papillon, puisque c’est avant tout, quand même, l’histoire d’un emballage de préservatif…

Alors voilà, Broken, c’est tout ça. Un film en morceaux sur des gens en morceaux, qui raconte son histoire par petites touches, plus ou moins chronologiques, à la manière d’un tableau pointilliste. Une photo sobre, des décors sans fard, des acteurs d’une sobriété réaliste irréprochable. Et de la symbolique aussi, du genre que les religieux chrétiens ne vont peut-être pas aimer (entre les ados qui s’envoient en l’air et l’église qui remplace la barque de Charon…), et de la plongée dans la triste vie des gens ordinaires pris dans un engrenage pas courant.

C’est pas évident à raconter, mais c’est pas grave : c’est émouvant, amusant, déprimant, joyeux, triste, attachant, révoltant, beau, et émouvant aussi.