Mains armées

de Pierre Jolivet, 2011, ****

Le polar fran­çais est un truc inté­res­sant, pro­téi­forme, qui ne cesse de se réin­ven­ter. Alors que cer­tains sont cen­trés sur l’enquête, que d’autres bâclent le fil poli­cier pour se concen­trer sur leurs per­son­nages, le « grand » polar fran­çais oscille entre les deux ten­dances depuis des lustres, par­lant d’illusions per­dues, de grands men­songes et de petites lâche­tés, d’arrangements avec la morale et de types qui essaient de faire leur métier sans for­cé­ment être plus hon­nêtes que la moyenne.

Ceci pour dire que Mains armées est clai­re­ment dans la tra­di­tion de l’enquête à la fran­çaise, avec des flics fati­gués, des à moi­tié ripoux, des incor­rup­tibles, des jeunes qui en veulent. Il reprend aus­si la tra­di­tion de la guerre des polices, cette fois-ci entre ceux qui luttent contre le tra­fic d’armes et ceux qui s’occupent de la drogue, et met tou­jours en scène les luttes lar­vées au sein d’un ser­vice entre ceux qui bossent avec les autres et ceux qui veulent gar­der leurs pré­ro­ga­tives.

Il rajoute cepen­dant des élé­ments plus modernes : le tra­fic d’armes auto­ma­tiques, très à la mode depuis quelques années (même si en réa­li­té leur nombre n’augmente pas par­ti­cu­liè­re­ment), et les ques­tions de socié­té du moment (divorce, enfants de divor­cés, homo­sexua­li­té…). Le tout est inté­gré assez fine­ment pour que la sauce prenne, et les flics sont géné­ra­le­ment très humains — forts, faibles, hon­nêtes, men­teurs, fon­ceurs ou lâches comme des humains.

On peut regret­ter quelques cli­chés, notam­ment vers la fin (la réac­tion de Maya dans la seconde moi­tié est fran­che­ment déjà vue), mais celle-ci a l’intérêt de se dérou­ler logi­que­ment et cou­ra­geu­se­ment, sans « hap­py end » hol­ly­woo­dien, là aus­si dans la tra­di­tion des Corneau, Boisset, Lautner, Giovanni et consorts.

Dans l’ensemble, c’est donc une réus­site — pour ceux aiment, vous l’aurez com­pris, le polar fran­çais.