Aliens (special edition)

de James Cameron, 1986 révi­sé 1992, ****

Sept ans après un très lucra­tif film de Ridley Scott, deve­nu depuis dieu par­mi les dieux, James Cameron s’est atta­qué à ce qui n’était pas encore une série : la sale bes­tiole incre­vable connue sous le sur­nom de « alien ». C’était osé, Le hui­tième pas­sa­ger étant déjà deve­nu un film culte, mais Cameron s’était fait un petit nom l’année pré­cé­dente avec un pre­mier petit block­bus­ter bap­ti­sé Terminator, encen­sé par la cri­tique pour ses qua­li­tés tech­niques.

Aliens mixe ain­si les recettes de Terminator et du Huitième pas­sa­ger. Comme le pre­mier, il démarre très vite, avec une mise en place ner­veuse et une plon­gée dans l’action dès la pre­mière demi-heure ; il reprend aus­si des dia­logues sim­plistes, mais effi­caces («get away from her, you bitch», ça vaut bien un « you’re ter­mi­na­ted, fucker», non ?) et quelques obses­sions de Cameron, comme l’inconséquence des grandes mul­ti­na­tio­nales ou les sol­dats effi­caces mais un peu lourds diri­gés par des culs-de-plomb encore plus bas de pla­fond (emprunt assu­mé à Étoiles, garde à vous ! de Robert Heinlein). Et comme le second, il gère une ten­sion pro­gres­sive, construite d’abord sur l’ennemi exté­rieur (l’alien) puis sur l’ennemi inté­rieur (le traître), et adopte l’unique point de vue de Ripley — certes, Newt est impor­tante, mais là encore c’est dans l’œil de Ripley.

Pour autant, il est loin de n’être qu’une resu­cée : Cameron étend l’univers d’Alien en intro­dui­sant des élé­ments qui seront essen­tiels aux suites sui­vantes, comme les reines aliens. Il est aus­si beau­coup moins claus­tro­phobe que Le hui­tième pas­sa­ger, n’hésitant pas à pla­cer des plans larges en exté­rieur où l’élément humain se retrouve petit et dému­ni, et appuie beau­coup plus sur la poli­tique de Weyland-Yutani. Il ajoute aus­si du contexte, reve­nant sur la bio­gra­phie de Ripley (en ver­sion longue uni­que­ment, du coup beau­coup plus com­plète et sub­tile que la ver­sion dis­tri­buée au départ), et des per­son­nages. Enfin, là où l’unique alien du Huitième pas­sa­ger était qua­si­ment impos­sible à buter, les nom­breuses créa­tures d’Aliens jouent sur la masse, comme une colo­nie de four­mis, et sont loin d’être immor­telles — il faut dire que les com­man­dos de marine, c’est mieux armé que les mate­lots d’un remor­queur com­mer­cial.

Finalement, autant j’avais trou­vé la ver­sion stan­dard trop linéaire, bour­rine et fina­le­ment assez plate, autant j’ai bien aimé cette édi­tion spé­ciale sor­tie en 1992 : plus sub­tile, elle démarre plus pro­gres­si­ve­ment et s’intéresse plus à ses per­son­nages. Et au final, elle s’avère fort réus­sie, très res­pec­tueuse du Huitième pas­sa­ger mais aus­si assez dif­fé­rente pour être un film à part entière.

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