Margin call

de J.C. Chandor, 2011, ****

Un beau soir, dans une grande entre­prise finan­cière, un ana­lyste tire l’alarme : les posi­tions des cour­tiers sont très ris­quées, au delà des limites his­to­riques, et des pla­ce­ment pour­ris à très gros effet de levier mettent en dan­ger l’entreprise elle-même. Ventiler pro­gres­si­ve­ment ces pla­ce­ments à haut risque pren­drait du temps, temps qu’un concur­rent pour­rait mettre à pro­fit pour décou­vrir le pot aux roses et tirer le pre­mier. Or, il y a trois solu­tions pour gagner sa vie dans ce busi­ness : être pre­mier, être plus intel­li­gent, ou tri­cher. Quand on n’a pas été le plus intel­li­gent, on peut encore être le pre­mier à tout vendre… quitte à tri­cher un peu sur la valeur des choses.

Plonger dans une entre­prise qui lance une crise parce que l’ensemble du milieu s’approche de la crise et qu’il faut être le pre­mier à réagir, c’est osé. La façon dont la direc­tion prend conscience du mer­dier et choi­sit la réac­tion la plus bru­tale, écra­sant au pas­sage toute pro­tes­ta­tion d’un éven­tuel emmer­deur par­lant encore d’éthique ou de long terme, c’est pas­sion­nant.

Sans conces­sion, mais sans juge­ment exces­sif non plus, Margin call est très bien réa­li­sé, joli­ment pho­to­gra­phié et super­be­ment joué. Il est sur­tout admi­ra­ble­ment écrit, rela­ti­ve­ment acces­sible (les patrons de l’entreprise ne com­prennent rien aux théo­ries finan­cières, obli­geant leurs subor­don­nés à leur expli­quer aus­si intel­li­gi­ble­ment que pos­sible), et très bien fichu pour com­prendre com­ment l’égoïsme, dans un monde libé­ral, peut mener au choix du pire.

C’est donc une belle réus­site, un film sérieux qui reste un peu exi­geant pour le spec­ta­teur (gar­dez votre cer­veau en entrant, vous en aurez besoin) mais s’avère extrê­me­ment inté­res­sant.

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