Terra nova

de Craig Silverstein et Kelly Marcel, depuis 2011, ***

Quitter définitivement un monde moribond pour une terre vierge, ça vous tente ? C’est ce qui est proposé à quelques centaines de colons, lorsqu’une faille spatio-temporelle est découverte. Ils sont ainsi envoyés, par groupes successifs, sur Terre, mais en plein crétacé. Pour la dixième vague d’immigration, le Elizabeth Shannon, médecin, est envoyée avec ses deux aînés. Son mari, ex-flic en taule, et leur benjamine passent aussi, clandestinement.

Terra nova est somme toute une série assez classique, reprenant les grandes lignes inévitables des histoires de colons : l’organisation militaire et son officier charismatique, le groupe dissident qui va avec, la survie sur la frontière (avec des dinosaures à la place des ours et des pumas)… C’est La conquête de l’Ouest, Jurassic park, la seconde saison de Jeremiah, un petit quelque chose de Nausicaa de la vallée du vent peut-être.

Il y a aussi un fil rouge en forme de complot néo-libéral manipulant les rebelles, qui rappellera volontiers Aux frontières du réel ou Lost, mais sans être trop envahissant et avec un vrai fond critique (qui ne sentira pas les marées noires d’Exxon et Total derrière cette entreprise ?).

On ne passe pas à côté de douze tonnes de clichés un peu lourds (les relations pères-fils, le nouveau venu aux limites de la loi qui va curieusement devenir l’ami d’un militaire droit comme un I, le barman à moitié honnête qui magouille avec tout le monde et sait tout sur tout, la traîtrise qui vient « d’où on ne l’attend pas », tout ça…), mais l’ensemble des personnages est assez bien tracé et ne manque pas d’ambiguïtés : à ce niveau, on trouve un certain charme, même si l’on peut s’étonner que, si les enfants doivent grandir vite à Terra Nova (comme c’est dit dans le premier épisode), ils continuent à se comporter et à être traités comme des adolescents…

On sera plus critique avec les absurdités techniques, que j’ai toujours du mal à admettre dans une histoire de science-fiction : il faut des bases un minimum crédibles dans ce genre. Comment imaginer que des gens qui viennent d’une civilisation avancée (le point de départ est l’an 2149) pour s’installer dans une terre à défricher y amènent des véhicules blindés, mais aucun avion ? Si une Jeep passe dans une faille temporelle, un Cessna passe aussi, et c’est largement aussi pratique pour explorer une planète largement couverte de forêts… Et les militaires ont des détecteurs calorifiques pour repérer des animaux dans les arbres à plusieurs kilomètres, mais quand ils cherchent quelqu’un de nuit, ils font ça à l’œil nu ? Et quand on fait une salle souterraine blindée, on prévoit un mécanisme d’ouverture manuelle de la porte accessible de l’extérieur, mais pas de l’intérieur ?

Sur le plan symbolique, il est difficile de choisir : Terra nova est-elle une parabole sur la terre promise judéo-chrétienne, un manifeste écolo, une critique du capitalisme ou une relecture de la colonisation américano-australienne ? On oscille entre plusieurs aspects, et ça peut être assez perturbant.

Ceci étant, Terra nova est accrocheuse, assez sympathique dans l’ensemble, et ce mélange western – SF – politique-fiction prend plutôt bien.