Electra Glide in blue

de James Guercio, 1973, ***

Un motard de police qui rêve de ren­trer dans la bri­gade cri­mi­nelle, quoi de plus nor­mal ? Il échan­ge­rait ain­si son Electra Glide contre une voi­ture fer­mée, son uni­forme bleu contre un beau cos­tume brun, et ne serait plus payé pour se faire des cals au cul et punir les excès de vitesse mais pour réflé­chir et résoudre des affaires.

Le pro­blème, c’est que les rêves, des fois, ça devient réel…

C’est l’histoire d’un péque­not égo­cen­trique, mais d’une grande rigueur morale, qui cherche un sens à sa vie. Et qui peut être déçu aus­si bien de voir ses col­lègues fachos plan­ter de l’herbe dans le sac d’un hip­pie inno­cent que de voir un grand flic tabas­ser un pré­su­mé cou­pable ou que de voir le che­min pris pas une jeu­nesse qui ne croit ni au tra­vail, ni à l’ordre éta­bli.

C’est l’histoire d’un film noir, où les gens sont tristes, déses­pé­rés ou sui­ci­daires, plom­bés par un uni­vers qui n’a rien d’amusant.

C’est l’histoire d’un pays qui doute et se cherche, aus­si.

Souvent pré­sen­té comme un anti-Easy rider, Electra Glide in blue (qui fut dis­tri­bué sous ce titre en France, mais a curieu­se­ment été enre­gis­tré comme Dérapage contrô­lé au mk2, ça n’a pas sim­pli­fié la com­mu­ni­ca­tion avec la cais­sière…) est en fait beau­coup plus proche de celui-ci qu’on peut le pen­ser. Certes, il est cette fois vu du côté des flics ; mais les flics ne sont pas vrai­ment plus gen­tils que dans le film-évé­ne­ment de Dennis Hopper, et les hip­pies pas vrai­ment moins construc­tifs… Il reprend sym­bo­li­que­ment plu­sieurs traits de Easy rider, dont une fin symé­trique mais extrê­me­ment simi­laire, et le consi­dé­rer comme un film réac ou « red­neck » impose de le prendre au strict pre­mier degré, ce qui n’est à mon humble avis pas obli­ga­toire.

Et au glo­bal, j’aurais plu­tôt ten­dance à rap­pro­cher ces deux œuvres sur la quête d’idéal dans des États-Unis per­dus, en proie au doute, dans une socié­té divi­sée où hip­pies, flics et qui­dams se méprisent réci­pro­que­ment et où la vio­lence sur­git bru­ta­le­ment, sans pré­ve­nir et sans néces­sai­re­ment faire sens.