Le soldat bleu

de Ralph Nelson, 1970, ****

Il est soldat, seul survivant de son unité attaquée par les Cheyennes, jeune blanc-bec convaincu de la grandeur d’âme de l’oncle Sam. Elle est Blanche, fuyant les Cheyennes qui l’avaient enlevée pour en faire l’épouse d’un chef de tribu, et a perdu beaucoup d’illusions en assistant au sac d’un village indien par l’armée.

Leur rencontre est tour à tour pathétique, émouvante et amusante. Elle avec son franc-parler, son caractère de merde et son physique attrayant, lui avec sa naïveté, sa vanité de soldat et son éducation irréprochable. Et leur histoire va raconter celle du choc de deux civilisations.

Le soldat bleu est une excellente pépite d’une époque où les raconteurs américains se sont approprié leur histoire pour l’utiliser comme métaphore de leurs propres doutes, leurs propres trahisons. L’obsession de la société du moment, c’est la guerre du Viêt-Nam, où les Américains se sentent de moins en moins défenseurs de la liberté (les informations sur le massacre de Mỹ Lai sont sorties en début d’année, les photos de Kim Phúc par Nick Ut ont fait le tour du monde deux ans avant…) et de plus en plus en barbares menant une guerre injuste.

Et Le soldat bleu est le témoin de cette tendance, l’un des premiers films où les soldats américains sont les vrais méchants, brutaux, stupides, violents, et où les Indiens sont des victimes défendant leur liberté face à la colonisation.

Si l’on sourit parfois à la naïveté de la première heure, à la prévisibilité de la relation entre la blonde et le bleu ou encore à leurs déplacements dans un pays hostile, plusieurs échanges annoncent clairement une fin, comment dire… conforme à ce que l’Histoire nous montre de la nature humaine. La scène finale est l’une des plus violentes, mais aussi des plus honnêtes de l’histoire du cinéma américain : c’est celle, sans fard, sans effet de style exagéré, d’un massacre ordinaire, mais rendu encore plus incompréhensible par l’introduction pacifique de la rencontre.

Et à ce titre, Le soldat bleu est un prélude indispensable à quelques chefs-d’œuvre du genre, en particulier l’inévitable Dans avec les loups de Costner, qu’il se paie le luxe de dépasser même par certains aspects.

PS : les critiques sont nombreuses à dénoncer l’incohérence historique qui fait dire au soldat que son père est mort à Little Bighorn, alors que le film raconte le massacre de Sand Creek, douze ans plus tôt. C’est oublier un peu vite que le film raconte un massacre inspiré de Sand Creek, et que les Cheyennes ont résisté jusqu’à la fin des années 1870 (et les massacres de Cheyennes par l’armée aussi)… La référence à Custer est utile sur le plan symbolique pour renforcer l’évolution que le couillon en bleu aura à parcourir, donc ça n’est pas une « erreur » si impardonnable que ça.