Polisse

de Maïwenn le Besco, 2011, ****

Vous êtes-vous déjà promené dans une exposition de photographes humanistes, en regardant les uns après les autres des portraits de personnages différents, d’époques et d’origines variées, étrangement réunis par l’œil de l’observateur et conservant un lien logique malgré leurs différences ? C’est un peu l’effet de Polisse, film-patchwork par excellence, qui trace un portrait global (la brigade de protection des mineurs de Paris) à travers les portraits croisés des flics et de leurs proches.

Ce n’est pas un grand film policier comme peuvent l’être Police de Pialat, La guerre des polices de Davis ou L.627 de Tavernier ; pourtant, il y a un peu de l’école du polar à la française dans Polisse, dans l’ambiance et les personnages. En fait, Maïwenn concentre son histoire sur les à-côtés, la famille, les amis, les relations complexes et parfois changeantes qu’il peut y avoir au sein d’une brigade. Les enquêtes, nombreuses et souvent réduites à quelques scènes, sont délibérément peu spectaculaires : l’accent est clairement sur les humains, leur travail quotidien, la façon dont ils essaient de le gérer — par un humour à côté duquel le mien est un exemple d’élégance, par un mutisme à faire passer Charlie Chaplin pour un bavard, par des crises de nerfs qui explosent sans prévenir aussi… L’ensemble, entre pleurs, tension et fous rires (ah, le « non mais c’était un beau portable » !), est ainsi touchant, émouvant et révoltant tout à la fois.

C’est donc, au final, un film d’ambiance, un film humain, un film réaliste et tendu, porté par ses acteurs tandis que la réalisatrice se met plutôt en retrait… C’est une indéniable réussite, qui change agréablement des classiques tout en leur étant indéfectiblement lié, qui lorgne peut-être aussi du côté de séries policières semi-réalistes (Sur le fil notamment), qui montre enfin que le polar n’a pas fini de se réinventer et de servir de terreau à des films bourrés de qualités.