La planète des singes : les origines

de Rupert Wyatt, 2011, ****

La pla­nète des singes est un cas par­ti­cu­lier. C’est un des pre­miers « filons » qu’une mai­son de pro­duc­tion ait exploi­té avec avi­di­té jus­qu’à son taris­se­ment total : le pre­mier film, ins­pi­ré du roman de Pierre Boulle, a été sui­vi de quatre épi­sodes plus ou moins hors sujet et inco­hé­rents en cinq ans. Le résul­tat, pré­vi­sible, fut la mort de la série, dont plus per­sonne ne vou­lut entendre par­ler pen­dant trente ans. Puis, Tim Burton repar­tit du roman d’o­ri­gine pour créer sa propre Planète des singes, sans se pré­oc­cu­per de ce qui avait été fait pré­cé­dem­ment et gar­dant l’i­dée de Boulle : l’ac­tion se passe sur une pla­nète loin­taine.

Les ori­gines garde pour sa part le prin­cipe du pre­mier film : la pla­nète des singes est la Terre (oups, gros spoi­ler pour ceux qui n’au­raient jamais vu Charlton Heston pleu­rer dans le sable devant les ves­tiges de la sta­tue de la Liberté, qui doivent faci­le­ment être deux dans tout l’u­ni­vers). Et s’in­té­resse, comme son titre le laisse entendre, à la muta­tion ini­tiale : une femelle chim­pan­zé de labo­ra­toire, cobaye d’une thé­ra­pie génique contre la mala­die d’Alzheimer, met bas d’un petit qui a tota­le­ment inté­gré le gène modi­fié. Celui-ci déve­loppe une intel­li­gence hors du com­mun, com­pa­rable à celle d’un humain, et finit logi­que­ment en cage ; déçu par cette tra­hi­son, il va filer la thé­ra­pie génique à ses petits cama­rades, qui vont eux aus­si deve­nir intel­li­gents, puis mener la révo­lu­tion.

Bon, à par­tir de là, soyons clair : c’est très pré­vi­sible, très hol­ly­woo­dien. Raconter l’his­toire du point de vue du singe est plu­tôt une bonne idée, mais ici on a l’im­pres­sion que le scé­na­riste l’a juste uti­li­sée pour atta­cher le spec­ta­teur à son pan tro­glo­dyte (ou pan sapiens, peut-être, du coup ?). J’aurais aimé que César s’in­ter­roge sur ce qui fait la dif­fé­rence entre lui et les homi­ni­nés han­di­ca­pés, vous savez, ceux qui n’ont pas de pouce oppo­sable aux mains du bas ; ou au moins, que le film creuse un peu les limites de l’hu­ma­ni­té, en met­tant en rap­port res­sem­blances et dif­fé­rences entre pan et homo.

Mais ça ris­que­rait de faire un film intel­lo, et les films intel­los, ça rap­porte pas. Alors Rupert a plu­tôt fait dans l’ac­tion, avec des scènes d’é­va­sion et de bas­ton-qui-pète à gogo. Finalement, on en sait plus sur la res­sem­blance entre homme et singe en regar­dant la scène de l’hô­tel de Ça va cogner qu’en étu­diant La pla­nète des singes : les ori­gines. Et pour l’a­li­bi psy­cho, le scé­na­riste pré­fère faire de son humain prin­ci­pal un robot-cher­cheur qui va deve­nir plus faillible et plus humain quand il va enfreindre la règle pour essayer de sau­ver son pôpa, plu­tôt que de pous­ser les per­son­nages à s’in­ter­ro­ger sur leur nature pro­fonde.

Restent quelques scènes extrê­me­ment réus­sies, comme celle où le jeune macaque bipède blond débarque dans les cages en pleine éva­sion des singes (j’en ris encore), la pre­mière ren­contre entre Will et Caroline ou le moment où César éclate la gueule du voi­sin (qui fait un peu le même effet que dans Vol au des­sus d’un nid de cou­cous : on sait que le héros va mor­fler après avoir fran­chi ce cap, mais on attend qu’il le fasse depuis le début du film). L’interprétation d’Andy Serkis est par ailleurs excel­lente, même si ce n’est pas vrai­ment une sur­prise : il avait déjà volé la vedette aux hob­bits du Retour du Roi. Les autres acteurs font leur bou­lot, David Hewlett va un peu au-delà, et glo­ba­le­ment y’a pas à se plaindre.

Et puis, la réa­li­sa­tion est très bonne, les effets spé­ciaux sont remar­quables, et la scène de bas­ton sur le Golden Gate, pour amé­ri­caine qu’elle soit, est une réus­site indé­niable.

Du coup, si on met de côté le poten­tiel de l’i­dée pour se conten­ter du film tel qu’il est (une grosse machine hol­ly­woo­dienne visant à réunir La pla­nète des singes de Schaffner et La pla­nète des singes de Burton, à laquelle plu­sieurs clins d’œil sont faits), c’est plu­tôt réus­si.