Thor

de Kenneth Branagh, 2011, *

Mise en situation : vous êtes un réalisateur anglais, connu surtout pour des adaptations de pièces et de romans classiques britanniques. Pour des raisons obscures, vous héritez d’un projet hollywoodien monumental : l’adaptation, à la mode en ces temps troublés, d’une énième série de l’emblématique maison Marvel. Vous faites quoi ?

Vous avez deux options : essayer de faire un vrai film élégant, intello et bourré de références, creuser le script pour en faire une œuvre complexe et inattaquable sur le fond ; ou bien, montrer que vous aussi vous avez mérité de faire de l’hollywoodien en en foutant plein les yeux à vos spectateurs, quitte à délaisser un peu leur cerveau.

Kenneth, lui, a choisi. Il a choisi la seconde voie : faire un film hollywoodien selon les standards hollywoodiens, avec des effets spéciaux hollywoodiens, du gros blockbuster qui tâche en somme.

Le résultat s’appelle Thor. Et l’élément le plus subtil du film, c’est le coup d’Excalibur plantée dans son rocher de Mjønir coincé dans la pierre, attendant l’élu l’homme valeureux. Kenneth a adopté deux acteurs de haut vol au passage, Antony Hopkins et Natalie Portman, qui fournissent leurs plus mauvaises prestations depuis longtemps, et a laissé les restes de cachets à d’illustres inconnus, le très blond, très musclé et très falot Chris Hemsworth (à côté de qui Worthington fait figure de leader charismatique) et le très brun, très pâle et très plat Tom Hiddleston.

L’histoire est d’une profondeur et d’une originalité inouïes, jugez plutôt : Papa est pas content parce que son fiston est un crétin arrogant, alors il le vire de la maison. Le fiston débarque dans le vrai monde, tombe sur une fille un peu maigre (Nat, fais-moi plaisir, garde quelques-uns de tes kilos de grossesse : là, on voit que tu jouais une danseuse squelettique à peu près en même temps) qui lui tape dans l’œil, se rend compte qu’il est un crétin arrogant et décide de devenir un crétin gentil. Mais pendant ce temps, son frère cadet a récupéré le trône et trahi les siens.

Si ça vous rappelle plein de choses, c’est normal. Rien que récemment, j’ai bouffé le même « pitch » dans une pseudo-suite de Tron, Loki est un clone du Grima de Peter Jackson, le marteau de Thor joue à l’épée d’Arthur…

Et la réalisation ? Oh, et bien… Ken veut nous montrer qu’il maîtrise les effets spéciaux et qu’il n’a rien à envier à Michael Bay ou Stephen Sommers en la matière. Résultat : il nous sort des scènes d’action hystériques et illisibles, renforcées à coups de ralentis et d’accélérés, et nous pond des décors virtuels à mi-chemin entre Tron l’héritage et Yellow submarine ; on peut effectivement dire qu’il n’a rien à envier à Bay et Sommers.

Reste une question : pourquoi donc une étoile ?

Et bien… J’avoue, c’est pas simple. J’ai pas vraiment d’argument, sinon que curieusement, c’est presque marrant par moments, qu’il y quelques scènes sympa avec les humains, que Natalie est vraiment top dans son « please don’t be dead » et son « I ran over you twice in my car, so I guess we’re even », qu’il y avait trop longtemps que j’avais pas vu un Pinzgauer et que c’est vraiment trop mignon-moche comme petit 4×4, qu’une citation sortie à propos d’Arthur Clarke ne fait jamais de mal, ou que neutraliser un dieu à coups de Tazer est vraiment fandard…

Mais je reconnais que ce * est plutôt bien payé. ^^