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de Duncan Jones, 2011, ****

Huit minutes. C’est le temps dont dispose Colter, projeté dans la peau d’un autre, pour découvrir qui a posé une bombe dans son train. Pas une simple histoire de compte à rebours, non : l’explosion a déjà eu lieu dans la réalité. En fait, le corps qu’il habite a déjà été tué, et on a reconstitué l’univers à partir des derniers souvenirs de la victime ; et Colter doit y identifier le coupable, qui menace de commettre un deuxième attentat. La bonne nouvelle, c’est qu’on peut le projeter, encore et encore, toujours dans les mêmes huit minutes, et qu’il peut tenter toutes les variations, explorer la rame, interroger les passagers, dans l’espoir de trouver la solution : à chaque fois que la voiture explose, il retrouve sa cellule, fait un rapport express à ses supérieurs, et on le projette de nouveau huit minutes avant l’attentat avec l’espoir d’exécuter le bon scénario.

L’idée de revivre en permanence une scène pour tenter les différentes possibilités est un vieux fantasme de scénariste. On se souvient par exemple de Bill Murray revivant son Jour sans fin ou de O’Neill et Teal’c coincés dans un vortex temporel dans L’histoire sans fin, épisode de Stargate : SG-1. Cependant, l’effet n’a que rarement été traité sous l’angle du polar.

Cela fonctionne pourtant bien, Colter devant mener de front deux enquêtes : celle du train, qui doit permettre de sauver les milliers de victimes potentielles du second attentat, et celle de la cellule où il revient entre deux projections, où un écran est son seul contact avec ses supérieurs et où il ne sait comment il a atterri.

Les avancées parallèles sont assez bien agencées, la romance à deux balles au milieu n’est pas indispensable mais n’est pas mal fichue, et les interprétations de Jake Gyllenhaal et de Vera Farmiga sont selon leurs standards habituels : irréprochables. Alors bien sûr, on saisit le ressort maître du film trois projections avant le héros, et bien sûr aussi la fin est annoncée bien à l’avance ; bien sûr, ça n’est pas un film noir à clefs façon Usual suspects comme ça aurait pu l’être.

Mais c’est sympa, rythmé, bien écrit et bien réalisé, et après les trois semaines de jachère que l’on vient de vivre (oui, ma dernière séance était pour L’agence le 2 avril, et non, c’est pas juste que j’avais la tête à autre chose : c’est surtout qu’il n’y avait rien qui me tentait), c’est une bonne façon de retourner dans les salles obscures.