L’odyssée du Passeur d’aurore

de Michael Apted, 2010, **

J’avais bien aimé Prince Caspian. Fidèle à l’esprit du bou­quin, j’avais trou­vé les (nom­breux) chan­ge­ments bien vus dans le cadre d’une adap­ta­tion ciné­ma­to­gra­phique. Pourtant, j’avais le livre bien en tête : je venais de le finir.

Là, je sais pas… Je suis moins convain­cu.

On est d’accord : L’odyssée du Passeur d’aurore est un volume des Chroniques de Narnia dif­fi­cile à adap­ter, du fait de son his­toire assez hachée (les cha­pitres sont assez indé­pen­dants, cha­cun racon­tant une petite his­toire dif­fé­rente à la façon d’une série). Il est donc peu sur­pre­nant d’y voir des rup­tures ryth­miques un peu per­tur­bantes et quelques lon­gueurs mal­ve­nues, et on peut appré­cier l’effort de « ner­vo­si­fi­ca­tion » du scé­na­riste — notam­ment par la pro­lon­ga­tion de la méta­mor­phose d’Eustace, qui est il est vrai bien meilleur dra­gon de gar­çon.

Mais outre le fait que le per­son­nage d’Eustace, jus­te­ment, dont l’évolution est la par­tie la plus inté­res­sante du bou­quin, est tota­le­ment pas­sé à l’as — il est gei­gnard et insup­por­table, puis dra­gon, puis gen­til, sans qu’on voie son évo­lu­tion inté­rieure —, il y a un truc qui me gêne fou­tre­ment : l’ajout du brouillard anthro­po­phage, et du père et de la fillette qui semblent jus­ti­fier le départ de Caspian vers les racines du mal.

J’explique.

Dans le bou­quin, Caspian part vers l’est à la recherche des Lords, parce qu’il a fait vœu de répa­rer l’injustice dont ils ont été vic­time. Dans le film, si c’est bien le point de départ, dès la pre­mière île, le brouillard appa­raît et il devient le nœud de l’histoire. On a l’impression qu’on ne trouve les Lords que par hasard, et que le vrai but est de retrou­ver la mère de la gamine embar­quée sur les îles soli­taires. Or, ça change beau­coup de choses : le sens du voyage n’est plus de répondre à une néces­si­té natio­nale, mais de pour­suivre un objec­tif pri­vé.

Or, un roi qui part hono­rer une pro­messe poli­tique et admi­nis­trer des terres d’outre-mer, c’est bien, c’est son bou­lot. Un roi qui part en croi­sade pour le compte d’un pote, ça ne l’est pas. D’une ques­tion d’honneur, le voyage devient une ques­tion de passe-droit.

On me dira que c’est un détail, mais pour moi ça change tota­le­ment le sens de l’histoire. Toutes les Chroniques nar­niannes sont basées sur le com­por­te­ment hono­rable et droit des per­son­nages prin­ci­paux. Voir des inté­rêts pri­vés gui­der l’action royale, en par­ti­cu­lier celle de Caspian X (qui, pour rap­pel, a mis bas dans le film pré­cé­dent un usur­pa­teur cor­rom­pu), per­son­nel­le­ment, ça me choque.

Et comme le film souffre d’un sérieux pro­blème de rythme déjà évo­qué, c’est pour moi clai­re­ment le maillon faible des trois adap­ta­tions déjà sor­ties. Ça se laisse regar­der quand même, mais c’est un peu dom­mage.