Moi, moche et méchant

de Pierre Coffin et Chris Renaud, 2010, ****

Vous vou­lez être un grand méchant. Aidé d’une armée de minions, des trucs jaunes, genres d’emballages de sur­prises Kinder avec des bras et un sale carac­tère, vous vou­lez mar­quer l’histoire de l’humanité au rayon « cri­mi­na­li­té ». Votre pro­jet : voler la Lune. Mais voi­là qu’un fils-de, bon à rien et aus­si classe qu’un ado­les­cent de Riad Sattouf, se met en tra­vers de votre che­min et menace de deve­nir un plus grand cri­mi­nel que vous… Seule solu­tion pour détour­ner son atten­tion : adop­ter trois fillettes à l’orphelinat du coin et les envoyer lui vendre des cookies. Et bien sûr, le pro­blème, c’est que trois fillettes, c’est très bien aus­si pour détour­ner votre atten­tion…

Euh oui, vu comme ça, ça a l’air bizarre. En fait, com­ment dire… Là-haut, à côté, c’est un exemple de réa­lisme for­mel.

Faut bien le dire : c’est tota­le­ment déjan­té. Visuellement, gagues­que­ment, scé­na­ris­ti­que­ment, tout est dans le délire le plus total, et si glo­ba­le­ment on ne peut pas dire que ça vole très haut, c’est bour­ré d’invention et d’originalité dans les détails.

Premier long-métrage d’Illumination Entertainment, ce film amé­ri­ca­no-fran­çais (pro­duit par Universal, ani­mé par les stu­dios Mac Guff, avec un réa­li­sa­teur de chaque pays) four­mille de petites bonnes idées, de trucs plan­qués dans les coins, de fils rouges un peu à la façon des aven­tures de Scrat dans les âges de glace. L’animation est bien sûr impec­cable, la sté­réo­sco­pie effi­cace mal­gré une ten­dance à mar­quer un peu trop les effets de pro­jec­tion (y’a des cas où je me suis retrou­vé à lou­cher, avec pour le coup une dis­tance de mise au point inco­hé­rente par rap­port à la conver­gence), le rythme par­fai­te­ment dosé de bout en bout… et le foi­son­ne­ment de délires accroche à coup sûr.

Le pro­blème, c’est qu’à la sor­tie, il est dif­fi­cile de citer un truc pré­cis dans tout ce magni­fique bazar — à part peut-être le minion char­gé de tes­ter l’anti-gravité, l’à peine visible sous-titre de l’écriteau de la banque, ou l’extraordinaire « Monsieur, est-ce que c’est un bruit éner­vant, ça ?». En revanche, on n’arrête pas de se mar­rer, le film se réin­vente régu­liè­re­ment et si la trame glo­bale est pré­vi­sible et bour­rée de cli­chés, tout le reste est ori­gi­nal et très hau­te­ment dis­trayant. À voir impé­ra­ti­ve­ment.