American history X

chef-d’œuvre de Tony Kaye, 1998

Danny veut impressionner son frère, neo-nazi sortant de trois ans de taule pour le meurtre de sang-froid de deux blacks qui essayaient de chouraver sa bagnole, en rendant un devoir sur Mein kampf à son prof d’Histoire ou en provoquant les bandes de gosses noirs de son lycée.

Le truc imprévu, c’est qu’en trois ans à l’ombre, Derek a réfléchi et vu d’autres facettes aussi bien des Noirs — nombreux à y être enfermés — que des fachos WASP — qui grossissent également les rangs des taules américaines… et n’est pas du tout heureux de voir que son frangin a pris sa trace.

American history X a une faiblesse, disons-le tout de suite : la naïveté du propos. Allons donc, il suffirait de passer trois ans en taule avec un buandier black obsédé sexuel pour devenir un exemple de tolérance ? Et une heure de discussion avec un frangin néo-nazi suffirait à lui faire rouler une pelle à Obama ?

Néanmoins, il mérite amplement le label chef-d’œuvre. Parce qu’il explore attentivement les relations familiales et leur (dés)équilibre complexe, l’influence aîné-cadet, le rapport au père absent et aux pères de substitution… Parce qu’il traite son personnage principal sans complaisance, avec ses lâchetés, ses peurs, ses réactions d’orgueil. Parce que, aussi, il met bien en avant ce phénomène bien réel : les coups les plus durs ne viennent jamais de là où on les attend.

Parce que, aussi, c’est à la fois une œuvre d’acteurs avec un Edward Norton naviguant quelque part au-delà de l’excellence, de réalisateur avec un montage nerveux et d’une clarté irréprochable (malgré les nombreux flashes-back), de photographe avec une image sublime et un noir et blanc lumineux aux moments opportuns…

Bref, parce que c’est fort, complet, prenant, et pas si simple que ça en a l’air.