Mammuth

de Gustave Kervern et Benoît Delépine, 2009, * (par gen­tillesse)

À la recherche du temps per­du, un cré­tin fini pre­nant sa retraite se rend compte qu’il lui manque des jus­ti­fi­ca­tifs d’années de tra­vail, notam­ment celles bos­sées au black. Du coup, il part à la recherche de ses anciens employeurs sur sa Münch Mammut — un truc lourd, mal fichu, moche comme pas per­mis et vrai­ment pas à l’aise dans le ser­ré, qui coûte une for­tune de nos jours¹.

Bon, c’est bor­dé­lique, sou­vent ridi­cule, sys­té­ma­ti­que­ment lour­dingue, long comme le pont du Clémenceau, bref, à chier, et l’on est d’autant plus sur­pris de voir quelques vraies excel­lentes trou­vailles dis­sé­mi­nées çà et là ; y’a même une ou deux scènes réel­le­ment excel­lentes, et par­fois super­be­ment jouées — le duo Depardieu-Siné par exemple fonc­tionne à fond, Siné jouant par­fai­te­ment les vieux cons mépri­sants et Depardieu étant d’un natu­rel épa­tant dans un rôle de cré­tin sur­épais.

Mais le truc qui fout vrai­ment les nerfs (à part de voir que le réal sait même pas épe­ler « Mammut »), c’est que le film est inté­gra­le­ment tour­né avec un camé­scope VHS des années 80. Ah non, on me souffle dans l’oreillette que c’était du Super 8 (reca­dré pour être dis­tri­bué en 1.85…), un for­mat film qui avait la par­ti­cu­la­ri­té d’une taille d’image proche de celle d’un cap­teur d’APN com­pact². Du coup, on a une vraie image de merde, gra­nu­leuse à mort (et vous savez que je suis pas par prin­cipe contre un peu de grain), avec une dyna­mique pour­rave et des ciels décou­pés au cut­ter. C’est d’autant plus mal­heu­reux qu’un autre aspect tech­nique sou­vent igno­ré par le spec­ta­teur, le son, est pour sa part par­ti­cu­liè­re­ment soi­gné : le vacarme du 1200 est par­ti­cu­liè­re­ment bien ren­du, fort et sans satu­ra­tion.

Enfin bon, vu le scé­na­rio, on va pas pinailler pour savoir si le film est tech­ni­que­ment regar­dable : il est déjà dis­qua­li­fié au stade du script.

¹ Toute res­sem­blance avec Gérard Depardieu serait pure coïn­ci­dence.

² 4,2 x 5,7 mm, soit la taille d’un cap­teur 1/2,7″ — NB : ici, en plus, toute la sur­face n’est pas uti­li­sée, le film étant dis­tri­bué en 1.85…