Clones

de Jonathan Mostow, 2009, ***

Commençons, ça devient la tra­di­tion, par démo­lir un tra­duc­teur : le cré­tin qui tra­duit « sur­ro­gate » (rem­pla­çant, sub­sti­tut, voire ava­tar au sens infor­ma­tique du terme) par « clone » mérite d’être pen­du par la langue.

Donc, c’est la ten­dance du moment : le Second life dans la vraie vie. On a long­temps pen­sé que les robots ser­vi­raient à effec­tuer des tâches inac­ces­sibles aux humains, ou devien­draient des esclaves domes­tiques, et on s’est posé la ques­tion de leur intel­li­gence et de leur auto­no­mie (au cinoche, ça a pu don­ner Blade run­ner d’après Dick, I, robot d’après Asimov ou même 2001, l’odyssée de l’espace par exemple). Grâce aux suc­cès des Counter-strike, Day of defeat, Les sims et autres Second life, on envi­sage désor­mais que les robots et assi­mi­lés servent à rem­pla­cer les humains, qui res­tent cal­feu­trés dans un uni­vers qu’ils maî­trisent — autre­ment dit : leur chambre — et refusent de sor­tir dans un monde hos­tile et dan­ge­reux (si ça vous rap­pelle La tanière de Simak, c’est nor­mal).

Après Ultimate game (des humains sous contrôle de joueurs qui vivent en vrai des maps es de Counter-strike) et avant Avater (un sol­dat contrôle un extra-ter­restre pour infil­trer son peuple, si j’ai bien pigé la bande-annonce vue hier au ciné­ma), voi­ci donc Clones. Ici, ce ne sont pas des êtres de chair et de sang, mais des robots de fer et d’huile que les humains ago­ra­phobes uti­lisent pour les repré­sen­ter dans le monde réel, leur évi­tant le stress, les acci­dents et les mala­dies.

Or, voi­là que deux per­sonnes sont tuées. Une arme incon­nue, s’en pre­nant à leurs sub­sti­tuts, a pu contour­ner toutes les sécu­ri­tés et sa décharge a atteint les mani­pu­la­teurs, confor­ta­ble­ment assis dans leurs fau­teuils. L’agent Greer, enquê­tant sur l’affaire, est lui-même pris pour cible par l’arme et s’en sort de jus­tesse en arra­chant son casque de pilo­tage. Son sub­sti­tut est détruit, et il n’aura d’autre choix que d’utiliser son propre corps pour pour­suivre l’enquête, qui mène direc­te­ment dans une réserve d’humains reje­tant le confort des sub­sti­tuts.

Le polar est assez clas­sique et sans révo­lu­tion. La par­tie action est plu­tôt bien réa­li­sée, bien menée, et cer­taines scènes sont vrai­ment réus­sies, mais les impli­ca­tions de la sub­sti­tu­tion ne sont que sur­vo­lées et fina­le­ment réduites à un très moral « c’est mieux de sen­tir la vie en vrai » ; dans ce domaine, le dia­logue entre ava­tar et joueur de Ultimate game est plus creu­sé.

Reste un polar qui tourne bien, pas déplai­sant, et de quoi occu­per 1h25 sans déplai­sir.