Jeux de pouvoir

de Kevin Macdonald, 2009, ****

Prenez un vieux journaliste de presse écrite désabusé, usé par les ans, et une jeune blogueuse aux dents longues de la récente antenne web du même journal. Prenez un député, ami personnel du premier, décidé à lutter contre la privatisation de la sécurité nationale et donc cible de choix des sociétés para-militaires, qui a la mauvaise idée de coucher avec sa secrétaire. Passez ladite secrétaire sous les bogies d’un métro, de préférence dans l’angle mort des caméras de surveillance, secouez, laissez reposer…

Voilà un film assez complexe, qui vous parlera de concurrence papier/web, de politique de sécurité, de collusion entre politique et entreprise, de collusion entre journalisme et police, de concurrence entre journalisme et police, d’enquêtes, d’adultère, et même du choc des journalistes rachetés par des groupes financiers moins regardants sur l’éthique que sur les bilans comptables.

La réalisation n’est pas exactement nerveuse, mais elle a le bon goût de se faire discrète et ça colle bien à l’ambiance — un air de famille avec l’excellent Dernier domicile connu de Giovanni, peut-être. Russell Crowe est superbe, au point que j’envisage de le sortir de la black list où je l’avais généreusement inscrit après Gladiator, Ben Affleck est globalement très bon malgré un ou deux dérapages (pas de quoi le sortir de la black list où il est depuis Pearl Harbor, Armageddon, Shakespeare in love…), Jason Bateman est impeccable en faux-derche prétentieux, et les dents de Rachel McAdams semblent vraiment rayer le parquet.

Au final, voilà un petit polar de politique-fiction bien ficelé, très bien joué, qui ne se prive pas d’égratigner au passage certaines évolutions récentes de la politique et du journalisme notamment. Peut-être pas un chef-d’œuvre absolu, mais un très bon film de genre.