Full metal jacket

chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, 1987

Vous connaissez Stan ? Stanley Kubrick ? Mais si, le type qui a commis l’ignoble Eyes wide shut, pour lequel il ne fut pas passé par les armes eu égard à son état de santé mais le cœur y était, le vaguement chiant mais impressionnant Orange mécanique, le grandiose 2001 : l’odyssée de l’espace, l’extraordinaire Docteur Folamour ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe, le spectaculaire Spartacus ? Le type que tous les maniaques du Noctilux connaissent puisqu’il s’est offert l’objectif le plus lumineux jamais construit, un 50 mm ouvrant à f/0,7 fait pour la Nasa et qu’il a fait modifier pour filmer Barry Lyndon à la lumière d’une bougie…

Bon, donc, en 87, Stan s’attaque à la guerre du Viet-Nam. Laquelle a déjà fait l’objet du chef-d’œuvre absolu de Coppola, Apocalypse now, d’un des grands films d’Oliver Stone, Platoon, du Voyage au bout de l’enfer de Cimino (faut que je le voie un de ces quatre, d’ailleurs), ou encore indirectement du Premier sang de Ted Kotcheff (dont j’ai pas mal parlé dans mon commentaire de sa suite). Elle a même été tournée en dérision dans l’inénarrable M.A.S.H. de Robert Altman. Bref, tout a été dit, semble-t-il, et Stan s’attaque à un gros morceau.

Pour trouver un nouvel angle, il va s’attacher autant à la formation des marines qu’il suit qu’à la guerre elle-même. Humiliés, torturés psychologiquement, détruits pendant des mois jusqu’à la rupture pour devenir de parfaits soldats, capables cependant d’initiative et d’inventivité car l’armée ne veut pas des robots, mais des tueurs. Joker, personnage central de l’œuvre, a ensuite la bonne idée de ne pas devenir soldat d’assaut mais correspondant de guerre, ce qui permet de donner un axe original à son personnage et d’en faire un « hors-guerre », un schizophrène dont on a soigneusement attisé l’instinct de tueur mais à qui l’on va attribuer une mission a priori non mortelle : photographier, écrire, rendre compte, reprenant ainsi symboliquement l’illustration de la dualité de l’homme qu’il prétend incarner.

Pour une fois, Stan laisse de côté sa langueur chronique, et nous fournit un vrai film nerveux, tendu comme une corde à piano, glauque et prenant de bout en bout. Pas dénué d’humour non plus, mais d’un humour cynique à souhait, abreuvé de mauvais esprit. Et vraiment, sans ambiguïté, trash, et assumé comme tel — en particulier dans une scène finale rien moins que grandiose, où Joker pourra réaliser son rêve tout en renversant une dernière fois le sens du film dans une conclusion qui n’est pas sans rappeler celle de American history X.

Un vrai grand chef-d’œuvre, photographié, scénarisé, réalisé, joué à la perfection, et qui vaudra à Stan une entrée directe au panthéon des cinéastes, malgré les faux-pas évoqués en début d’article.