Shine a light

de Martin Scorsese, 2007, ***

Scorsese a un long pas­sé rock&roll. Il a bien sûr réa­li­sé No direc­tion home : Bob Dylan il y a trois ans, et éga­le­ment The last waltz en 76, il a en outre pro­duit Grace of my heart, La route de Memphis et Lightning in a bot­tle, mais il est sur­tout res­pon­sable de l’admirable mon­tage, ner­veux à sou­hait et d’une vir­tuo­si­té rare à l’époque, du Woodstck de Michael Wadleigh.

Aussi, c’est avec une pointe d’amertume que l’on doit le consta­ter : Marty vient de nous pondre un bon film. Seulement bon. Il touche pour­tant par­fois à l’excellence, notam­ment dans les pre­mières minutes où l’on retrouve la struc­ture de Woodstock : alter­nance entre repor­tage et concert, making of du film comme du concert en paral­lèle. Mais après cette intro­duc­tion toute en vis­ta, où l’on découvre un groupe tou­jours aus­si joueur qui attend la toute der­nière seconde pour faire pas­ser au réa­li­sa­teur l’ordre des mor­ceaux («Il faut que je sache par quoi vous com­men­cez. Si c’est un riff de gui­tare, il faut que je sache qui le fait, d’habitude c’est Keith, mais je dois savoir et si c’est Mick qui chante il faut que j’aie trois ou quatre camé­ras sur lui…»), le film s’endort légè­re­ment en se rap­pro­chant un peu trop du simple concert fil­mé — certes avec brio, certes avec une pho­to impec­cable, mais juste fil­mé.

Bien sûr, on se régale du numé­ro des Stones, et en par­ti­cu­lier des deux der­niers gui­tar-heroes sur­vi­vants : Keith et Ronnie, qui s’observent et s’écoutent pen­dant deux heures, don­nant sérieu­se­ment l’impression de deux sales gosses qui font un concours et, en même temps, dont cha­cun laisse l’autre faire son numé­ro. Keith vole fran­che­ment la vedette à Mick de temps en temps et, à pro­pos, ce der­nier est un peu ailleurs : c’est vrai­ment le duo des gui­ta­ristes qui fait œuvre com­mune, tan­dis que Mick est tou­jours un peu à part, devant ou à côté, et que Charlie se planque sans arri­ver à se faire oublier — il faut dire qu’il est le seul du groupe à avoir l’air à peu près équi­li­bré.

Mais le film d’un concert doit appor­ter quelque chose en plus du simple concert. Et c’est là que Marty n’est pas vrai­ment à la hau­teur : il fait peut-être une œuvre à la gloire des Stones, il enre­gistre magni­fi­que­ment un concert, mais il peine à faire un film, à déga­ger sa touche per­son­nelle.

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