Sicko

de Michael Moore, 2007, ****

Okay, j’admets, ce film par­tait avec un a prio­ri posi­tif. Michael Moore est l’un des très rares réa­li­sa­teurs à qui je puisse dire sans men­tir : « J’ai aimé tous vos films ».

Ce qui n’est le cas ni de Steven Spielberg, ni de Paul Greengrass, ni de Stanley Kubrick ou de Luc Besson…

On connaît le mode d’emploi de Michael Moore : une camé­ra, un pro­blème amé­ri­cain, je fonce dans le tas avec un humour noir redou­table en m’assurant que chaque clou est bien enfon­cé sous l’angle où il fera mal. La méthode était déjà là dans Roger & moi et, si elle s’est affi­née avec le temps, elle n’a pas fon­da­men­ta­le­ment chan­gé.

On ne s’étonnera donc pas que ce Sicko pré­sente les mêmes défauts que ses aînés : Michael Moore part d’un pro­blème réel, et par­ti­cu­liè­re­ment frap­pant (50 mil­lions d’Américains n’ont pas les moyens de se payer la moindre assu­rance mala­die, et les 250 mil­lions qui en ont une ne sont pas for­cé­ment beau­coup mieux lotis), pré­sente des cas inté­res­sants et sus­cep­tibles de par­ler à l’Américain moyen, et enfonce le clou en regar­dant ce qui se passe à l’étranger et en met­tant les pieds dans le plat chez lui. On retrouve donc sen­si­ble­ment la struc­ture de Bowling for Columbine, avec à nou­veau les visites au Canada où tout est mer­veilleux, et la base de Guantanamo rem­place les sièges sociaux de Nike (The big one) ou de K-Mart (Bowling for Columbine) dans le rôle de l’endroit amé­ri­cain où l’on va gueu­ler un bon coup.

Vu de France, on appré­cie­ra par­ti­cu­liè­re­ment la mani­feste dés­in­for­ma­tion qui laisse entendre qu’il n’y a aucun pro­blème dans le sys­tème de san­té fran­çais où tout est tou­jours idyl­lique, avec des per­son­nels hos­pi­ta­liers bien consi­dé­rés et bien payés (là, j’entends le Docteur Pelloux s’étrangler), des clients satis­faits et des Français moyens qui gagnent 3 000 € par mois. En fait, Moore, à son habi­tude, choi­sit ses exemples : SOS Médecins en France, les hôpi­taux du NHS bri­tan­nique…

Mais dans le même temps, Moore n’est pas réel­le­ment un docu­men­ta­riste, stric­to sen­su. Son bou­lot, c’est de dire ce qui ne va pas dans son pays en disant : « What’s wrong with us ?» Il ne s’est pas don­né pour tâche de consti­tuer un rele­vé exhaus­tif et pro­fond de tous les sys­tèmes de san­té de la pla­nète, mais juste de démon­ter les pro­blèmes du sys­tème des États-Unis en mon­trant que d’autres, plus pauvres et moins avan­cés, font mieux.

La vraie infor­ma­tion, c’est que les États-Unis, qui forment le pays le plus riche de la pla­nète, qui dis­posent des plus grands hôpi­taux uni­ver­si­taires et des meilleurs spé­cia­listes, ne sont qu’à la trente-sep­tième posi­tion au clas­se­ment des sys­tèmes de san­té. L’information, c’est qu’un bébé cubain a plus de chances d’arriver à l’âge adulte qu’un bébé amé­ri­cain.

Et la tâche que s’est don­née Michael Moore, c’est de com­prendre pour­quoi… et, sur­tout, de deman­der pour­quoi.

Bref, grand film ou pas, vrai docu­men­taire ou pas, c’est indu­bi­ta­ble­ment quelque chose qu’il faut voir, sur­tout à l’heure où on s’est payé un pré­sident qui veut amé­ri­ca­ni­ser et libé­ra­li­ser notre socié­té.