Rocky Balboa

de Sylvester Stallone, 2006, ***

Trente ans après le nova­teur Rocky et quinze ans après le per­fec­tible Rocky V,  Sly boucle la boucle : Rocky Balboa est de nou­veau seul, tou­jours aus­si cré­tin mais tou­jours aus­si gen­ti­ment niais et prêt à aider n’importe qui, que ce soit son tout pre­mier adver­saire de 1976 ou la gamine qui traî­nait dans la rue, qui a main­te­nant un gosse et un taf de merde. Il vit de son image en accueillant les gens dans son res­tau­rant, et se remet à boxer parce qu’il ne sait pas quoi faire d’autre. Et comme il y a trente ans, c’est un cham­pion mal-aimé en manque de com­mu­ni­ca­tion qui va le faire remon­ter sur le ring.

Le der­nier épi­sode est conçu pour reve­nir sur les traces du per­son­nages, là-bas, en haut des marches du musée de Philadelphia ou dans la chambre froide de la bou­che­rie. Rocky est vieux, nos­tal­gique, usé, et on suit ce bla­sé qui se remé­more le temps de sa gloire, lorsque son fils était sym­pa et sa femme vivante.

La tona­li­té de Rocky Balboa est radi­ca­le­ment dif­fé­rente des cinq épi­sodes pré­cé­dents, même s’il pour­suit en fait les chan­ge­ments appa­rus en 1990 (sauf sur le plan médi­cal, où il y a une grosse inco­hé­rence entre les deux der­niers films). Plus lent, plus sombre, il est aus­si plus écrit et plus mûr. La forme évo­lue éga­le­ment, qu’il s’agisse de reprendre le mon­tage façon émis­sion télé­vi­sée de l’ouverture du match ou au contraire de faire enfin quelques plans de ciné­ma avec un vrai tra­vail pho­to­gra­phique der­rière — Clark Mathis, nou­veau direc­teur de la pho­to, fait un bien meilleur bou­lot que Bill Butler et Steven Poster.

On retrouve tout de même cer­taines fai­blesses d’écriture du père Stallone, la plus criante étant le retour­ne­ment de la com­mis­sion char­gée de sa licence après un dis­cours creux sur la recherche du bon­heur ; mais même dans ce domaine, il y a eu un tra­vail cer­tain sur la nos­tal­gie, le temps qui passe, les gens qu’on perd, ceux qu’on retrouve et com­ment on conti­nue à avan­cer mal­gré les pains pris et la las­si­tude.

Dans l’ensemble, ça suf­fit pas à faire un grand film ; mais c’est un Rocky plus sombre, plus intro­ver­ti, plus solide que les autres, qui mérite tout de même qu’on y jette un œil.