Rocky V

de John Avildsen, 1990, **

Le cin­quième et long­temps der­nier volume des aven­tures de Rocky Balboa a une grande qua­li­té : le cas­ting. D’abord, Rocky Jr n’est plus joué par le très mol­las­son Rocky Krakoff (tiens, d’ailleurs, si vous vou­lez jouer, cher­chez-le sur Google Images : même avec son nom, vous trou­ve­rez plus de pho­tos de Ian Fred, qui jouait Rocky Jr dans Rocky III, que de lui) mais par un cer­tain Sage Stallone. Bien sûr, c’est le fils de, mais il pro­fite d’un per­son­nage qui a enfin plus d’une ligne de texte pour offrir une pres­ta­tion hon­nête d’adolescent un peu pau­mé et four­nir un contre­point inté­res­sant à la naï­ve­té débile de son père.

Ensuite et sur­tout, les cogneurs sont de vrais cogneurs, les deux boxeurs que l’on voit le plus ayant été trou­vés sur des rings. Tommy Morrison par­tage d’ailleurs plus que son pré­nom et son acti­vi­té avec son per­son­nage : son style agres­sif et bru­tal et son endu­rance médiocre se retrouvent dans le scé­na­rio. Du coup, on a enfin des com­bats qui res­semblent à quelque chose, même s’ils res­tent fil­més de l’extérieur du ring sans par­ve­nir à plon­ger le spec­ta­teur dans l’action.

À côté de ça, l’idée de faire évo­luer un peu Rocky est for­cé­ment excel­lente, c’est ce qu’il aurait fal­lu faire pour le troi­sième opus par exemple. La retraite, l’arnaque, le retour à la case départ, l’éventualité de deve­nir entraî­neur, le délais­se­ment pro­gres­sif de sa famille au pro­fit de son pou­lain, c’est tout bon, de même que la décep­tion finale.

Oui, mais.

Mais c’est trai­té par des­sus la jambe. Le gros pro­blème de Rocky V, c’est un mon­tage très inégal et une construc­tion qui appuie trop sur des scènes fami­liales trop longues (plom­bées par des dia­logues un peu gnan­gnan), alter­nant avec des com­bats expé­diés en clips de deux minutes. Et ce finale, oh oh oh ! Le retour­ne­ment de Tommy est certes sur-annon­cé, mais sur­tout sim­pliste, sou­dain et injus­ti­fié, et l’enjeu « suis-je un vrai cham­pion du monde et si oui, com­ment le prou­ver ?» est expé­dié en quinze secondes pour ame­ner à une visite au bis­trot aux répliques écrites avec les pieds. En fouillant un peu l’histoire du film, il semble que la fin ini­tia­le­ment pré­vue ait été radi­ca­le­ment dif­fé­rente, avec Rocky expi­rant dans le der­nier com­bat, et qu’elle ait été chan­gée au der­nier moment pour lais­ser vivre le héros. Et bien, je vais vous dire : ça se voit. Ce der­nier com­bat a quelques qua­li­tés, mais pour qua­li­fier son ouver­ture et sa conclu­sion, un seul mot me vient : « bâclé ».

Rocky V avait tout pour sor­tir la saga de l’ornière dans laquelle elle s’était enfon­cée pen­dant deux, voire trois films ; mais cet opus est sur­tout, au bout du compte, la démons­tra­tion d’un poten­tiel gâché, où sur­nagent juste quelques scènes ponc­tuelles.