Le transperceneige¹

de Bong Joon Ho, 2013, ***

Le mou­ve­ment per­pé­tuel est-il un rêve ? Non, pas dans le trans­per­ce­neige, un train gigan­tesque, conte­nant serres et bas­sins néces­saires à l’alimentation de ses pas­sa­gers, capable de les faire vivre en autar­cie com­plète tant qu’il roule. Ça tombe bien : suite à un acci­dent indus­triel, une ère gla­ciaire a conge­lé la pla­nète et les habi­tants du train sont les der­niers sur­vi­vants de l’humanité, des voi­tures de queue où s’entassent les pauvres hères débraillés aux voi­tures de tête où vit l’élite favo­ri­sée.

En pre­mière approche, Le trans­per­ce­neige est un peu naïf. C’est comme un jeu vidéo où, de niveau en niveau, par­don, de voi­ture en wagon, le per­son­nage prin­ci­pal remonte vers la loco­mo­tive. Et un jeu vidéo, c’est mar­rant à jouer, mais par­fois un peu las­sant à regar­der.

Il y a cepen­dant un second niveau de lec­ture, la cri­tique de la socié­té, lui aus­si trai­té très naï­ve­ment à pre­mière vue mais qui prend de l’épaisseur dans la seconde par­tie, lorsque la rai­son d’être des classes sociales se heurte à la réa­li­té d’un homme de queue remon­té jusqu’aux voi­tures de tête. Et le final se révèle très ambi­gu, entre « mieux vaut l’injustice que le désordre » et « farem tot petar ».

Dans l’ensemble, la noir­ceur typique des œuvres post-apo­ca­lyp­tiques est bien sou­te­nue par l’enfermement dans un espace clos, la réa­li­sa­tion est ryth­mée et effi­cace et quelques rebon­dis­se­ments fonc­tionnent assez bien ; en revanche, le film n’est pas exempt de naï­ve­tés et d’un petit côté pré­vi­sible et mono­tone. Sympathique, mais pas inou­biable.

¹ Film dif­fu­sé en France sous le titre Snowpiercer, d’autant plus hors-sujet que le titre ori­gi­nal est bel et bien fran­çais — comme Lob, Alexis, Rochette et Legrand, d’ailleurs.